Dialogue de MFW4A et de la BAD sur le secteur financier de la CEDEAO - Rapport d'évènement
La Banque Africaine de Développement (BAD) et l’initiative Making Finance Work for Africa (MFW4A), en collaboration avec le Consortium pour la Recherche Économique en Afrique (CREA), ont réuni à Abidjan du 27 au 28 septembre 2018, des responsables gouvernementaux, des représentants de banques centrales, d’institutions financières (internationales et nationales) et du secteur privé de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en vue d’un dialogue sur les politiques visant à accélérer le développement du secteur financier en Afrique de l’Ouest.
Ce dialogue de deux jours s’est articulé autour de plusieurs thèmes portant sur l’inclusion financière, le financement climatique, les marchés des capitaux, les investisseurs institutionnels et les assurances. La discussion a mis en évidence les progrès, opportunités, défis, et perspectives pour l’instauration d’un système financier solide et intégré pour favoriser le financement adéquat de la transformation économique de la région.
Défis du secteur financier dans la zone CEDEAO
- Poursuivre les réformes en vue d’une intégration financière plus forte
L’intégration financière régionale implique des compromis entre des coûts à court terme tels que la perte de recettes douanières ou de souveraineté, et des gains à long terme tels que l’accès à des marchés plus vastes et à des opportunités de financement étendues. L’engagement politique des chefs d’État permettrait de réaliser cette intégration et d’assurer la régulation et la stabilité financière, tout en visant la mise en œuvre de la monnaie unique régionale et la promotion du financement alternatif. La collaboration entre la Zone Monétaire Ouest Africaine (ZMAO) et la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour atteindre ces objectifs en suivant un calendrier pragmatique de la convergence monétaire est souhaitée.
- Lever les obstacles à une meilleure intégration du secteur bancaire
Même si d’importants objectifs institutionnels et de gouvernance ont été atteints, la réduction drastique du nombre de correspondants bancaires, le niveau encore élevé des prêts non productifs et l’insécurité réglementaire demeurent une menace majeure pour la stabilité financière. Pour remédier à ces problèmes, un système d’assurance des dépôts et un identifiant unique (numéro de vérification bancaire) doivent être mis en place dans les économies des États membres.
- Accélérer l’intégration des marchés de capitaux
L’intégration de tous les marchés boursiers ouest-africains devrait permettre d’accroître la capitalisation et encourager la mobilisation des ressources nécessaires au financement des économies de la région. Les enjeux entre autres de la monnaie de règlement post-transaction, de l’existence de trois fuseaux horaires, du cadre réglementaire unique des valeurs mobilières sont à prendre en considération. La souveraineté des États membres de la CEDEAO ne disposant pas de marché boursier doit également être abordée et la problématique de la politique fiscale sur les transactions boursières discutée. Un renforcement de l’appui institutionnel des partenaires au développement aux différentes initiatives en cours pour l’intégration des marchés financiers est également attendu.
- Instaurer un cadre de discussion permanente entre les régulateurs pour le développement des nouveaux services financiers
Le taux de pénétration des services mobiles et des technologies de l’information offre des opportunités pour la réduction de la fracture numérique. Cependant, le chevauchement des responsabilités entre régulateurs entraine des frictions susceptibles de freiner l’innovation. La BAD et les Institutions de Financement du Développement (IFD) pourraient jouer le rôle de facilitateur et contribuer à la mise en place d’un cadre d’échanges permanent entre États, organes de régulation des TIC, régulateurs du secteur financier, établissements financiers et Fintech.
- Relever le défi technologique en vue de favoriser l’inclusion et l’intégration financières
La technologie étant reconnue comme un catalyseur, son intégration doit aller au-delà du simple échange monétaire ou des paiements, mais consolider l’accès au financement et réduire l’économie basée sur la liquidité. À cette fin, il faudrait tirer les enseignements de l’expérience de l’Afrique de l’Est et rassembler tous les acteurs. Les questions de sécurité des infrastructures et des supports technologiques doivent être prises en compte pour surmonter les problèmes de la criminalité financière. La connectivité des Systèmes de Financement Décentralisés (SFD) au système de paiement électronique contribuerait également à un meilleur maillage du système.
- Renforcer l’éducation financière
La persistance des réticences du secteur privé à utiliser le marché boursier pour financer ses activités, l’absence d’une culture de notation et d’éducation financière, les connaissances financières limitées aussi bien au niveau des ménages que du secteur privé sont des contraintes à une mobilisation efficiente des ressources domestiques. L’éducation financière devrait donc être vulgarisée auprès des acteurs économiques du secteur informel et intégrée dans les manuels didactiques. Les bailleurs de fonds devront soutenir les programmes nationaux d’éducation financière ciblant surtout les Petites et Moyennes Entreprises (PME) et les jeunes.
- Promouvoir les nouvelles opportunités de financement
Les engagements internationaux en matière d’environnement offrent aux États de nouvelles opportunités de financement dans bien de domaines à savoir l’énergie, l’assainissement, l’économie circulaire, etc. En matière de finance verte, peu de projets de ce type sont en mesure d’atteindre le stade d’achèvement du fait notamment des faibles capacités des promoteurs et des incertitudes dans le respect des obligations des États en matière de climat. Des programmes de renforcement de capacité à l’endroit du secteur privé s’avèrent nécessaires afin que celui-ci exploite pleinement les nouvelles opportunités de financement disponibles
Conclusion
Les partenaires techniques et financiers sont déjà fortement engagés dans la région à travers des programmes et projets spécifiques ciblant le développement du secteur financier. Ils se sont dits disposés à accompagner les mutations réglementaires en cours, à renforcer les capacités des acteurs du secteur et à accroître leurs concours aux établissements de crédit pour le financement du secteur privé et des projets verdissants.
Rapport intégral et presentations
Le rapport intégral de l'évènement est disponible ici.
Veuillez également trouver ci-dessous quelques présentations qui ont été faites durant les sessions de ce dialogue:
- Financial Integration in ECOWAS - WAMI Présentation (EN)
- The African Insurance Landscape: Scaling Markets for Growth (EN)