Aperçu du secteur financier

Paysage économique

Le Cameroun est un pays à revenu intermédiaire de la catégorie inférieure avec une population estimée à 24 millions d'habitants. Bordé par l’océan atlantique, il a pour pays voisins le Tchad, la République centrafricaine (RCA), la Guinée équatoriale, le Gabon et le Nigéria. Deux de ses régions (limitrophes du sud du Nigéria) sont anglophones, tandis que le reste du pays est francophone. Le Cameroun est doté d’abondantes ressources naturelles dont, notamment le pétrole et le gaz, des ressources minières, des essences de bois de grande valeur et un secteur agricole plutôt dynamique qui a contribué à 76% de la croissance économique en 2017, et 68% en 2016. L'agriculture camerounaise représente 21,3% du PIB, tandis que les secteurs industriel et tertiaire en constituent respectivement 30,8% et 47,9%. Le Cameroun se classe au 163ème rang des 190 économies du rapport Doing Business 2018 de la Banque mondiale (contre 172 sur 189 en 2016). Le gouvernement a ciblé certains secteurs comme étant prioritaires en matière d’investissements : les transports, l’industrie alimentaire, le tourisme et le développement rural. Des programmes importants sont mis en œuvre par les autorités publiques, avec le soutien de bailleurs de fonds.

Institutions Financières

Le secteur des institutions financières comprend : i) les établissements de crédit (banques et établissements financiers) et les établissements de microfinance (EMF) sous la supervision de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC); ii) les sociétés d’assurance régulées par la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA) ; et iii) les organismes de prévoyance sociale (OPS) sous le contrôle la Conférence Interafricaine de la Prévoyance Sociale (CIPRES).

Le système financier camerounais est le plus important de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). Selon le critère du nombre d’institutions, le Cameroun est la principale place financière de la sous-région avec plus de 600 institutions financières sur 993, abritant 61% des institutions financières de la région. En tant que membre de cette union économique et monétaire, le Cameroun partage une monnaie commune, une banque centrale commune (la Banque centrale des États de l'Afrique Centrale - BEAC), ainsi qu'une politique monétaire commune avec les autres États membres. Le marché des titres à revenu fixe est également intégré au niveau régional. En vertu des dispositions réglementaires de la CEMAC, les trésors nationaux sont autorisés à émettre des bons du Trésor et des obligations par le biais d'enchères hebdomadaires et mensuelles. 17 banques commerciales opèrent dans le pays, toutes sous la supervision de la COBAC, elle-même sous la coupole de la BEAC. La solidité du secteur bancaire s'est détériorée au cours des dernières années, en raison de violations prolongées de la réglementation prudentielle.

Selon certaines estimations, le pays compte environ 600 institutions de microfinance agréées, mais la liquidité constitue un défi majeur. De nombreuses Institutions de Microfinance (IMF) ont été fermées par le gouvernement en raison de fraudes et du non-respect de règles de procédure définies. Les IMF représentent officiellement 15% des prêts accordés par le secteur financier national et impactent significativement le taux d'inclusion financière à travers les services financiers offerts dans les zones périurbaines et rurales. Le mobile money joue également un rôle important en matière d’inclusion financière. Il est impulsé par la hausse du taux de pénétration du mobile qui se situait à 35,64% en 2017, soit une augmentation de 2,39% par rapport à l'année précédente, selon l'Agence de Régulation des Télécommunications (ART). Environ 27% de la population du Cameroun dispose d’un compte dans une banque commerciale et environ 5% des Camerounais ont accès à un financement hypothécaire. Le marché du crédit à long terme au Cameroun reste quant à lui sous-développé.

La dette du pays est évaluée par les 3 agences internationales de notation. En juin 2018, Standard & Poor’s avait attribué au Cameroun la note de « B » avec des perspectives stables.

Secteur bancaire

Le marché bancaire camerounais est constitué de 9 banques commerciales et 8 établissements financiers à caractère bancaire. A fin 2017, le volume total de crédits accordés par le secteur bancaire camerounais était estimé à 3321,5 milliards de F CFA, soit 17,5 % du PIB de la même année ; tandis que les dépôts collectés s’élèvent à 4012.1 milliards F CFA (Source : Investir au Cameroun).

Selon un rapport publié par le FMI en octobre 2018, le total bilan du secteur bancaire camerounais s’élevait à 5 308 milliards de F CFA en 2017, soit 26,8 % du PIB contre 23% en 2010. Le rapport faisait également état de la stagnation de la contribution des banques au financement de l’économie durant cette période d’observation. Les 4 plus grosses banques du pays – Afriland First Bank, Société Générale, ECOBANK et BICEC - représentent à elles seules 59,2% du total des actifs du secteur. Dans un contexte d’amélioration des conditions de liquidité en 2018, les banques sont restées rentables même si certaines d’entre elles font face à des problèmes de défaillance et des volumes importants de prêts non productifs: soit 14,8 % du total des prêts. Les banques étrangères s’avèrent également plus liquides que les banques locales.

La domination du secteur bancaire local par les banques à actionnariat privé étranger induit une prise de risque plutôt limitée dans la mesure où celles-ci préfèrent prêter au gouvernement, aux multinationales et aux grandes entreprises, entravant ainsi l’accès au financement pour les PME qui constituent la majeure partie du secteur productif dans le pays. La situation du secteur implique également un renforcement de la supervision et de la régulation bancaires afin de réduire l’exposition au risque des banques.

Inclusion financière

Selon The Economist Intelligent Unit, le Cameroun se classe au 11ème rang des pays africains sur le plan de la promotion de l'inclusion financière. Alors que le taux d’accès aux services financiers dans le pays dépassait à peine 10% il y a 5 ans, il est actuellement de 20%, principalement en raison de l’émergence des services financiers basés sur le mobile money, offerts par les deux principaux opérateurs de téléphonie mobile, Orange et MTN; qui ont également facilité des transactions depuis des comptes bancaires vers des comptes de mobile money. Selon les chiffres officiels, les deux leaders du marché des télécommunications au Cameroun comptabilisent actuellement près de 5 millions d'utilisateurs de services de mobile money. En 2013, le gouvernement camerounais a imposé l'utilisation de services bancaires à tous les fonctionnaires, dont les salaires étaient égaux ou supérieurs à 100 000 FCFA, contribuant ainsi à faire en sorte qu'une part non négligeable des 260 000 fonctionnaires accède aux services bancaires.

Microfinance

Au 31 décembre 2017, 3,03 millions de comptes avaient été ouverts dans les institutions de microfinance du Cameroun alors que 2,14 millions l’ont été dans des établissements de crédit opérant dans le pays. Au cours de la même année, le bilan total des institutions de microfinance camerounaises s’élevait à 455 milliards de FCFA. Activa, une compagnie d'assurance de premier plan, et l'opérateur télécom Orange ont également lancé des produits de micro-assurance accessibles via mobile.

Comme annoncé en janvier 2018, le gouvernement prépare une stratégie nationale d'inclusion financière visant à faciliter l'accès des PME aux prêts bancaires. Les Etats-membres de la CEMAC ont mis en place un cadre réglementaire favorable au développement de certains financements spécialisés en faveur des PME/PMI, tels que le crédit-bail. C’est le cas avec la loi n° 2010/020 du 21 décembre 2010 portant organisation du crédit-bail au Cameroun. Par ailleurs, les nombreuses plaintes du secteur des PME ont amené le gouvernement à créer une banque dédiée aux PME il y a quelques années : la Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises.

Transferts de fonds des migrants

Les envois de fonds des migrants s'élevaient à 278 millions USD en 2017, soit 0,79% du PIB, contre 109 millions USD en 2010, soit 0,38% du PIB. Environ 5 millions de Camerounais (21% de la population) vivent à l'étranger. Le flux des transferts de fonds est faible comparé à d'autres pays africains tels que le Nigeria, l'Egypte ou l'Ethiopie. L'essentiel des transferts de fonds au Cameroun est destiné à la consommation des ménages ou à l'investissement dans le capital humain (comme l'éducation et la santé). Ils servent également à d'autres types de transactions, tels que l'investissement foncier ou immobilier, l'épargne, le développement d’activités commerciales et, dans une faible proportion, l’organisation d’évènements comme des funérailles, des mariages et autres.

Secteur de l’assurance

Selon des chiffres communiqués par le ministère des finances, le secteur de l’assurance est évalué à 208,7 milliards de F CFA en 2016, soit 1,1% du PIB de la même année. 26 compagnies animent le marché camerounais des assurances : 16 sociétés dans la branche non-vie « IARDT » - représentant 70,75% des parts de marché - et 10 sociétés dans la branche « VIE ». 4 compagnies d’assurance possèdent plus de 53,6% du marché non-vie (Source : Investir au Cameroun). Seulement 2% de la population camerounaise ont souscrit à une police d’assurance, présentant tout aussi bien un défi qu’une opportunité pour le développement du secteur.  En mai 2018, la Conférence interafricaine des marchés de l'assurance (CIMA), institution de régulation et de supervision du secteur dans 14 pays-membres, a modifié les dispositions relatives au délai de prescription, aux termes desquelles les assureurs doivent régler les sinistres en suspens ; et ce, afin de rendre le secteur plus efficace et crédible vis-à-vis des assurés. En 2017, le gouvernement a annoncé l'introduction du système de couverture santé universelle, qui devrait être mis en œuvre d'ici la fin de 2018, et a alloué un financement initial de 1 300 milliards de FCFA (2,2 milliards USD). Cette initiative devrait également renforcer le taux de pénétration du secteur de l’assurance au Cameroun.

En mai 2017, Zenith Insurance a lancé la première plate-forme numérique du Cameroun, qui propose la capacité de payer des primes en ligne ; montrant ainsi l’intérêt du canal digital comme instrument commercial en faveur d’une pénétration beaucoup plus élevée de l’assurance dans le pays. En effet, la digitalisation va permettre de calibrer les produits d’assurance aux citoyens dont les revenus sont faibles et modestes, et donc favoriser le développement de la micro-assurance.  Relativement aux défis rencontrés par le secteur, on note essentiellement une mobilisation limitée de l’épargne (faible pénétration), un cadre de règlement des sinistres peu satisfaisant, une application insuffisante des normes et standards internationaux, et des problèmes de gouvernance liés aux systèmes d’information et aux approches actuarielles et stratégiques.

Marchés de capitaux

Alors que les pays de la CEMAC ont lancé conjointement une bourse régionale commune en 2008, le Cameroun continue d’avoir sa propre bourse, la bourse de Douala ou Douala Stock Exchange (DSX), créée en 2001. Trois sociétés y sont cotées avec une capitalisation boursière estimée à environ 150 milliards de F CFA, soit 0,26 milliard USD. Le récent classement du marché financier camerounais (Douala Stock Exchange) dans le top 20 de l'indice Absa Africa Financial Markets 2018 révèle que la capitalisation boursière du Cameroun ne représente qu’1% de son PIB, alors qu’elle s’élève à 10% au Nigéria et 26% en Côte d'Ivoire. La bourse des valeurs d’Afrique centrale (BVMAC) basée au Gabon et la bourse de Douala devraient fusionner et le siège de la nouvelle bourse régionale serait à Douala.

Concernant le marché obligataire, il est quasiment dominé par les émissions du gouvernement. Depuis 2017, le gouvernement camerounais s'est limité à émettre des titres publics avec une échéance allant jusqu'à 52 semaines (un an), à la suite du succès limité de l'émission d'obligations du Trésor à deux ans ces dernières années. Sur les 204 milliards de FCFA récemment mobilisés à la Bourse de Douala via la cinquième émission d’obligations gouvernementales, les investisseurs locaux ont réussi à lever jusqu’à 196,3 milliards de FCFA (3,37 milliards de USD), ce qui représente 90% de l’enveloppe souhaité. La cinquième émission d'obligations du nouveau gouvernement camerounais, destinée à financer une quarantaine de projets en cours dans les dix régions du pays (y compris les grands projets d'infrastructure).

Système de prévoyance sociale

Le taux de couverture du système de retraite est de 13%. Le système camerounais de sécurité sociale comprend 2 régimes : (i) le régime des travailleurs relevant du code de travail, géré par la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) ; (ii) et le régime des Fonctionnaires et assimilés, géré par l’État. Le régime de retraite de base est obligatoire, à prestations définies et financé par répartition. Des réformes sont en cours de mise en œuvre pour l’amélioration de la gouvernance du système de retraite camerounais et faire face aux pressions déficitaires du système par répartition.

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Source

En bref

En bref Source
Population (2017): 24 053 730
PIB par habitant (USD courant) - 2017 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 1451,87
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 12% | 35%
Crédit dédié à l'agriculture (Agriculture, foresterie et pêche) / Part de l'agriculture dans le PIB (2015): n/a
Stratégies d'inclusion financière: n/a
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: 16,56
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): 8% | 29%
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: 0,0091
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 20% | 20 ans

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