Aperçu du secteur financier

Paysage économique

L’économie tunisienne se remet progressivement des conséquences de la révolution politique survenue en 2011, avec un retour de la croissance économique autour 2,4% en 2018. Cette croissance a été principalement stimulée par les investissements et les exportations, et elle sera portée à moyen terme par l’amélioration de la production agricole, le développement du secteur manufacturier et l’expansion des services touristiques du pays. Sous condition de préserver la stabilité sociale et celle des agrégats macroéconomiques, la Tunisie devrait également tirer profit des opportunités économiques découlant de sa proximité géographique avec l’Europe. La dette publique essentiellement composée d’emprunts extérieurs a augmenté de 71% entre 2010 et 2018 et constitue un défi majeur pour les équilibres macroéconomiques. Le climat des affaires s’améliore sous l’effet des réformes publiques structurelles et du contexte sécuritaire plutôt stable. La Tunisie est classée au cinquième rang des meilleures destinations africaines pour l’investissement dans le classement Doing Business, devancée seulement par l’Ile Maurice, l’Afrique du Sud, le Maroc et les Seychelles.

Aperçu du secteur financier

Le secteur financier tunisien est dominé par les banques commerciales qui ont contribué en 2017 à hauteur de 81,32 milliards de dinars tunisiens (DT), soit 33,13 milliards USD, au financement de l’économie nationale. Le secteur privé bénéficie d’un accès aux instruments de financement direct à travers la bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT) dont la capitalisation boursière a progressé de 37% entre 2015 et le premier trimestre de 2018, même si le nombre de sociétés cotées a faiblement évolué. Les émissions d’Etat comptent pour 90% du volume des titres obligataires émis. L’offre de services financiers inclusifs reste fragmentée, incomplète et peu accessible. Une stratégie nationale pour la période 2018-2022 est en cours d’exécution par le ministère des Finances et elle a bénéficié de la collaboration de l’observatoire de l’inclusion financière, sous tutelle de la Banque Centrale de Tunisie (BCT).

Secteur bancaire

Le secteur bancaire tunisien est constitué à fin 2017 de 30 banques dont 23 banques résidentes et 7 non-résidentes, 8 établissements de leasing, 2 sociétés de factoring et 2 banques d’affaires, portant ainsi à 42 le nombre de banques et d’établissements financiers assimilés exerçant sur le territoire. Les plus gros acteurs sont des banques à actionnariat public – Société Tunisienne de Banque (STB), Banque Nationale Agricole (BNA) et Banque de l’Habitat (BH) - qui représentent 40,1% du total des actifs et 34,7% des dépôts bancaires. Des difficultés internes à ces banques ont conduit à l’explosion du niveau des créances douteuses au cours des dernières décennies. Ces banques sont structurellement illiquides et recourent régulièrement au refinancement de la banque centrale. Divers plans de recapitalisation et de restructuration ont été mis en œuvre depuis fin 2014, sous l’impulsion des pouvoirs publics et des bailleurs de fonds.

Entre 2016 et 2017, le total des actifs du secteur a progressé de 12,6% et la part des actifs des banques et établissements financiers dans le Produit Intérieur Brut (PIB) a atteint 124,6%. La profitabilité du secteur est restée en constante progression et le niveau des crédits accordés à la clientèle a été plus important que celui des dépôts. Cette faiblesse relative du niveau des dépôts bancaires pourrait accentuer le risque de vulnérabilité du secteur en raison du niveau élevé des créances douteuses, notamment dans les banques publiques. En 2018, le niveau des créances douteuses dans le secteur bancaire public était estimé à 22% des crédits alors qu’il s’élevait à 10% dans le secteur bancaire privé.  En vue de réduire le risque de transformation à moyen et long terme, la banque centrale a introduit un nouveau ratio plafonnant le rapport « crédits sur dépôts » à 120%. Cette mesure devrait limiter la prise de risque des banques et les inciter à financer leurs activités par des ressources suffisamment stables, avec comme effet pervers, un resserrement du crédit.

La Banque Centrale de Tunisie (BCT), qui assure la régulation et la supervision du secteur bancaire, et le gouvernement ont pris des mesures pour assainir le secteur et renforcer sa rentabilité. Il s’agit notamment de l’édiction d’une loi sur le secteur bancaire approuvée par le parlement, le renforcement du contrôle prudentiel par la banque centrale, le désengagement progressif de l’Etat dans la structure actionnariale des banques et la mise en place d’un fonds de garantie des dépôts en vue de protéger les épargnants.

Inclusion financière

Dans le cadre de la stratégie d’inclusion financière 2018-2022, la BCT et le ministère des finances ont initié des programmes conjoints visant notamment le renforcement de la culture financière des populations, le développement du système de refinancement des Institutions de Microfinance (IMF) et la mise en œuvre de l’interopérabilité des systèmes financiers mobiles. L’objectif est d’étendre l’offre de services financiers aux populations les moins nanties. Cette interopérabilité est effective depuis avril 2018 entre les détenteurs de comptes de mobile money auprès d’opérateurs téléphoniques et ceux de comptes bancaires et postaux.

Les résultats d’une enquête menée par le ministère des finances en 2017 indiquent que seulement 9% des tunisiens sont des clients actifs du système financier domestique, 3% de la population utilisent les services financiers mobiles, 2% ont accès aux services d’assurance volontaire, 16% ont accès au crédit formel et seulement 17% épargnent dans le secteur financier formel. En moyenne, le taux national d’inclusion financière s’élève à 32,1%, impliquant ainsi que plus des deux tiers (2/3) de la population active n’a pas accès aux services financiers.

Secteur de la microfinance et finance digitale

L’inclusion financière en Tunisie a été initialement portée par les institutions de microfinance. Les opérations de microfinance ont émergé dans les années 80 alors que la loi sur le microcrédit, premier dispositif réglementaire dans le secteur, a été mise en place en 1999. Jusqu’à la réforme réglementaire de 2011, ce cadre légal avait favorisé l’apparition des Associations de Microcrédit (AMC) qui bénéficiaient d’un dispositif dans lequel la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS) jouait le rôle d’institution exclusive de (re)financement. Mais ce mécanisme a montré ses limites au fil des années au regard des contre-performances liées aux insuffisances techniques, financières et aux difficultés d’adaptation des AMC.

Depuis 2014, des institutions de microfinance de type société anonyme (IMF – SA) ont émergé. Elles dominent désormais le marché domestique et cohabitent avec les institutions de type associatif. Au 31 décembre 2018, le paysage du secteur comprenait 7 IMF – SA possédant 151 agences, 2 IMF sous forme associative disposant de 6 agences, et 287 associations de microcrédit. L’activité de microfinance reste limitée au microcrédit. Malgré les progrès enregistrés dans le secteur en termes de clientèle et de financements octroyés, son potentiel de développement reste sous exploité. La forte demande exprimée par les populations à revenus faibles et modestes a été très peu satisfaite par les institutions de microfinance tunisiennes. Une enquête nationale a estimé la cible potentielle des microcrédits en 2013 à 950 000 particuliers et 245 000 petites et micro-entreprises, alors que le secteur a desservi moins de 300 000 prêteurs actifs durant la même année.

Secteur de l’assurance

Malgré l’augmentation tendancielle du niveau des primes émises au cours des dernières années, le taux de pénétration du secteur de l’assurance reste faible autour de 1,9% en 2015, comparé à l’Afrique du Sud (14,7%), au Maroc (3,1%) ou à la moyenne mondiale (6,2%). En 2017, le marché domestique de l’assurance comptait 22 sociétés d’assurance dont 16 couvrant les risques dans des branches diverses, et 6 ayant une niche spécialisée. Les trois quarts (3/4) du chiffre d’affaires des compagnies d’assurance sont réalisés par les sociétés anonymes et le solde par les mutuelles. Le secteur reste dominé par les assurances obligatoires (automobiles en l’occurrence) représentant 82% du chiffre d’affaires national alors que la branche vie n’en représente que 18%.

Marché des capitaux

Le marché des capitaux est principalement animé par la Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT), sous la tutelle réglementaire et le contrôle du Conseil du marché financier (CMF). En 2018, La Bourse de Tunis comptait 82 sociétés cotées, avec 2 nouvelles introductions en 2017 et celle de la firme « Tunisie Valeurs » en 2018. Les banques et les firmes du secteur financier représentent près de la moitié de la capitalisation boursière tunisienne. Son indice de référence, le Tunindex, suit la performance pondérée de l’ensemble des sociétés cotées tandis que le Tunindex20 mesure le rendement des 20 capitalisations les plus liquides sur le marché. La capitalisation cumulée de la bourse de Tunis s’élève à 24,4 milliards de DT (8,25 milliards USD) au 31 décembre 2018, soit 19,8% du PIB nominal de la même année. Sur les dix dernières années, la capitalisation de la Bourse de Tunis a connu une hausse significative et tend à démontrer le rôle de plus en plus important que joue le marché financier local dans le financement des investissements. Selon le rapport 2017 du CMF, la participation de la bourse dans le financement de l’investissement privé a augmenté de 9% à 13,2% entre 2016 et 2017, pendant que le montant des capitaux levés sur le marché des émissions a plus que doublé entre 2012 et 2017, passant de 580,1 millions de DT (191,5 millions USD) à 1 265,1 millions de DT (417,5 millions USD).

La Tunisie a reçu 13% de la valeur des transactions de capital-investissement en Afrique du Nord entre 2010 et le premier semestre de 2016 et capté 25% du nombre de transactions effectuées sur le continent. Selon des données de l’Association tunisienne des investisseurs en capital (ATIC), les firmes de capital-investissement ont investi 1 621 millions DT (534,9 millions USD) entre 2013 et 2018 et plus de 158 entreprises locales ont bénéficié de 443 millions DT d’investissement (146,2 millions USD). L’essentiel des montants investis était le fait de sociétés d’investissement en capital à risque (SICAR) mises en place par des banques locales, à hauteur de 90% du volume total annuel de financement.

Système de prévoyance sociale

Le système de retraite en Tunisie est géré par la Caisse nationale de la retraite et de la prévoyance sociale (CNRPS) qui couvre les travailleurs de la fonction publique et la caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), en charge du système de retraite des salariés du secteur privé et des risques liés au chômage, à l’invalidité et au décès. La situation globale du système de retraite reste préoccupante. La viabilité financière et la gouvernance des deux caisses sont des faiblesses relevées par les régulateurs. Les déficits financiers qui se sont creusés au fil des années, se sont aggravés malgré les renflouements réguliers et massifs des pouvoirs publics pour soutenir le système national de retraite. Selon les données de la CNSS et de la CNRPS, entre 2006 et 2016, le déficit de la CNSS est passé de 68 millions de DT (22,4 millions USD) à 470 millions de DT (155,1 millions USD) en 2016, tandis que celui de la CNRPS a plus que décuplé sur la même période, passant de 38 millions de DT (12,5 millions USD) à 529 millions de DT (174,6 millions USD). Plusieurs facteurs expliquent ces déficits. Il s’agit notamment des niveaux élevés des prestations payées, des mutations démographiques liées à un vieillissement rapide de la population, de l’économie informelle grandissante et du taux de chômage élevé. Pour faire face à ces déficits structurels et réduire la récurrence des appuis budgétaires gouvernementaux, les décideurs publics ont entrepris des réformes pour réviser la loi sur les régimes de retraites. Adopté en mars 2019 par le parlement, le projet de réforme porte entre autres sur la hausse de l’âge de départ à la retraite et l’accroissement du niveau des cotisations.

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Source

En bref

Population (2017): 11 532 130
PIB par habitant (USD courant) - 2017 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 3 464,42
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 27% | 37%
Crédit dédié à l'agriculture (Agriculture, foresterie et pêche) / Part de l'agriculture dans le PIB (2015): 0,47 | 0,50
Stratégies d'inclusion financière: Tunisie 2018-2022 Stratégie Nationale d’inclusion financière
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: 97,66
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): 17% | 29%
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: 0,05
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 8% | 25 ans

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