Aperçu du secteur financier

Paysage économique

La Somalie sort lentement de plus de deux décennies de conflit armé et de tensions politiques. Le pays a fait des progrès significatifs vers la consolidation de la paix, la reconstruction de l’État et la reprise économique. Entre 2013 et 2017, le Produit Intérieur Brut (PIB) réel a augmenté en moyenne de 2,5%. La croissance devrait s’accélérer et atteindre 3,5% en 2019 et en 2020, alors que le pays se remet de la sécheresse qui a négativement impacté la production agricole domestique. Le secteur des services – en particulier les télécommunications et le mobile money – a été le moteur de la croissance économique. Environ la moitié de la population est affectée par la pauvreté, et près d’un tiers des somaliens  vit dans l’extrême pauvreté. Le pays a lancé un programme avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI) en vue d’accroître le recouvrement des recettes fiscales et d’améliorer la gestion des dépenses publiques. L’objectif étant de renforcer les services publics et soutenir la croissance inclusive. Quant à la situation politique et sécuritaire, elle reste fragile et le pays n’est toujours pas éligible à la plupart des programmes d’assistance financière en raison de ses arriérés de longue date. Ces facteurs entravent la solidité et la profondeur du secteur financier de telle sorte qu'il soit en mesure de soutenir une reprise durable de l’économie.

Vue d’ensemble du secteur financier

Avant le déclenchement de la guerre civile en 1991, le système financier de la Somalie était rudimentaire, et était uniquement composé de la Banque centrale de Somalie (CBS) et de trois banques commerciales. Tous les établissements financiers se sont effondrés en 1991 et les déposants ont perdu toute leur épargne logée dans le système bancaire, ce qui a érodé la confiance des populations dans le système financier et les banques. Entre 1991 et 2009, il n’y avait aucun établissement financier formel dans le pays, à l’exception de ceux présents dans les régions semi-autonomes du Somaliland et du Puntland. La Banque centrale de Somalie a rouvert en 2009 sous le gouvernement de transition de Somalie. En 2012, les lois régissant les activités de la banque centrale et des établissements financiers ont été adoptées. Elles ont ainsi permis de fournir un cadre juridique au fonctionnement des établissements financiers dans le pays, sous la surveillance de la banque centrale de Somalie.

Auparavant, le secteur financier informel s’est développé et étendu pendant toute la durée du conflit politique en Somalie. Il a permis de combler le vide laissé par le secteur financier formel en fournissant des services financiers de base aux entreprises et à la population somalienne ; en particulier les prêts basés sur la confiance et les services de transfert d’argent. Ces derniers, appelés hawalas, ont joué un rôle vital dans la facilitation des transferts de fonds internationaux et les transactions financières domestiques. Le processus visant à réglementer et à superviser ces établissements a débuté en 2012.

Aujourd’hui, le secteur financier de Somalie se trouve encore à un stade embryonnaire et l’intermédiation reste faible. La politique monétaire est limitée, car l’économie continue d’être fortement dollarisée. Le total des actifs du secteur financier équivaut à environ 4,3 % du PIB tandis que le crédit au secteur privé s’élève à environ 1,3 % du PIB, malgré une croissance relativement rapide au cours des dernières années. Le gouvernement entend démarrer une vaste réforme pour stimuler le développement du secteur financier, tout en renforçant l’application des dispositions réglementaires en faveur de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (AML/CFT) et en améliorant  le reporting des données. La Banque centrale de Somalie a également approuvé récemment la nouvelle règlementation bancaire, notamment le renouvellement annuel des agréments et les exigences en matière de rapports financiers périodiques. De même, elle a défini des ratios prudentiels et mis en place des systèmes de paiement interbancaire, de compensation et de règlement et d’autres infrastructures de marché indispensables à une meilleure efficience du système financier.

Malgré des progrès importants, le secteur fait face actuellement à de nombreux défis pour accroître la stabilité financière et l’intermédiation. Le déficit de confiance et d’information est considérable, pendant que les établissements financiers manquent de capacités et d’infrastructures financières, dont la disponibilité d'informations relatives au crédit, la fiabilité du système judiciaire et l'adéquation du cadre juridique). La pénétration du mobile money s'avère toutefois élevée, mais le secteur pâtit du manque d’interopérabilité. En outre, la disponibilité du crédit est rendue difficile par les conditions défavorables imposées par les prêteurs et la grande majorité de la population ne dispose pas de garanties suffisantes facilitant l’accès au crédit.

Secteur bancaire

Les banques proposent une gamme de produits financiers traditionnels et islamiques. Les banques commerciales proposent des services de dépôt non rémunéré et des prêts au secteur privé. Le secteur bancaire formel n’est pas répandu en Somalie, en partie parce qu’aucun Somalien de moins de 40 ans n’était assez âgé pour détenir un compte bancaire avant le début de la guerre qui a duré deux décennies. Seuls environ 15 % de la population détient un compte bancaire et moins de 5 % des détenteurs d’un compte bancaire en sont des utilisateurs actifs.

6 banques opèrent en Somalie et elles n’ont installé des agences que dans les zones urbaines. Les banques commerciales fonctionnent principalement comme établissement de financement des échanges commerciaux tout en s'intéressant aux domaines clés de l’économie dont : l’immobilier, les prêts pour l’achat d’une voiture et la construction. Bien que relativement petit, le secteur bancaire domestique est très liquide : le total des prêts rapporté aux dépôts s’élevant à 47 %. Les banques sont aussi financièrement saines et suffisamment capitalisées, le total du capital par rapport aux actifs étant supérieur à 15 %.

Transferts de fonds

Les fournisseurs de services de transfert de fonds sont apparus naturellement comme une alternative au système bancaire traditionnel après l’effondrement du gouvernement et de l’économie en 1991. Les transferts de fonds entrants, environ 20 % du PIB, représentent une bouée de sauvetage pour le pays et une occasion idéale de promotion de l’inclusion financière à travers un accès élargi aux services financiers pour les somaliens. Quatorze (14) hawalas, ou fournisseurs de services de transferts de fonds, ont reçu un agrément officiel de la Banque centrale de Somalie. Bien qu’ils facilitent principalement les transferts de fonds internationaux, quelques-uns ont adapté leurs modèles commerciaux afin d’y inclure des services bancaires, de microfinance et de mobile money. Cependant, les hawalas somaliens peinent à construire des réseaux de correspondants bancaires pour les transactions transfrontalières en raison des craintes liées au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme. En 2015, Merchants Bank of California, la banque qui administrait 60 à 80 % des fonds envoyés des États-Unis vers la Somalie a fermé ses comptes avec les fournisseurs de services de transfert somalo-américains, mettant fin virtuellement aux services de transferts de fonds de toutes les principales banques des États-Unis vers la Somalie. Malgré les efforts récents dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, le pays continue de subir des pressions liées à la réduction des transactions avec les correspondants bancaires internationaux. Cette situation pourrait entrainer la baisse et la volatilité des flux de transferts de fonds entrants. Dans le cadre de la feuille de route du secteur financier, la Banque centrale de Somalie entend renforcer son contrôle de l’application de la règlementation AML/CFT par les fournisseurs de services de transferts de fonds et établir un système d’identification numérique pour surveiller et réduire les transactions suspectes.

Inclusion financière

L’accès aux services des établissements financiers formels est très faible en Somalie. En 2017, seuls 7,9 % d’adultes détenaient un compte dans un établissement financier formel, contre une moyenne de 32,8 % en Afrique subsaharienne. Beaucoup moins (2,8 %) détenaient de l’épargne dans un établissement financier formel, par rapport à la moyenne régionale de 16 %.

Financement numérique

Pendant des années, le mobile money s’est substitué au secteur bancaire formel, et tous les opérateurs de téléphonie mobile proposent maintenant des services de mobile money. Il s’agit de l’un des principaux canaux utilisés pour accéder aux services financiers en Somalie. En 2017, environ 73 % de la population avait accès à un compte de mobile money, avec un écart de seulement 5 % entre les hommes (75 %) et les femmes (70 %). Les portefeuilles de mobile money sont également utilisés pour l’épargne. Plus de la moitié des personnes qui épargnent le font au moyen d’un portefeuille de mobile money. Environ 26 % des Somaliens déclarent utiliser leurs téléphones pour payer leurs factures (contre 13 % au Kenya) et 32 % ont déclaré utiliser leur téléphone pour recevoir de l’argent, contre 30 % en Tanzanie. Ces statistiques sont la preuve que la technologie mobile peut servir de catalyseur pour accélérer efficacement l’inclusion financière en Somalie.

Secteur de l’assurance

À l’instar de la plupart des établissements financiers de Somalie, le secteur de l’assurance n’en est qu’à ses balbutiements. La Somalie a été privée de toute forme d’assurance depuis 1991. Le secteur est en grande partie stimulé par l’assurance islamique (Takaful), un système coopératif dans lequel les participants paient une prime dans un fonds commun pour se garantir mutuellement contre les pertes ou les dommages. Le Takaful est apparu pour la première fois en Somalie en 2014. First Takaful and Retakaful (FISO) et Takaful Insurance of Africa sont les deux (2) compagnies d'assurance qui exercent activement en Somalie.

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Source

En bref

Population (2017): 14 742 520
PIB par habitant (USD courant) - 2017 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 478,34
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 39% (2014)
Crédit dédié à l'agriculture (Agriculture, foresterie et pêche) / Part de l'agriculture dans le PIB (2015): n/a
Stratégies d'inclusion financière: n/a
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: n/a
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): 38% (2014)
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: n/a
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 7.50% | 20 ans

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