Aperçu du secteur financier

Paysage économique

La Mauritanie a enregistré une croissance moyenne de son Produit Intérieur Brut (PIB) réel de 4,2% (3,8% pour l’Afrique subsaharienne) sur la période 2010-2017, à la faveur du boom minier intervenu entre 2006 et 2013, du dynamisme de l’agriculture et plus récemment des services, dont les contributions au PIB avoisinent 26% et 42% respectivement. Le pays dispose d’importantes ressources minières dont le fer, l’or et le cuivre, auxquelles s’ajoutent des matières premières énergétiques (pétrole et gaz) et halieutiques. Malgré les efforts de diversification entamés par les autorités, l’économie reste tributaire de l’agriculture, de la pêche, et particulièrement du secteur extractif qui représentait plus de 60% du total des recettes d’exportation en 2017 (80% en moyenne entre 2013 et 2014). La chute des cours internationaux des minerais en 2014-2015 a mis en exergue la vulnérabilité de l’économie mauritanienne aux chocs extérieurs. Cette conjoncture défavorable a justifié la nécessité de consolider les résultats positifs acquis par la mise en œuvre de réformes structurelles profondes afin d’accroître la résilience aux chocs exogènes. Face à ce défi, les autorités se sont dotées d’une Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP) couvrant la période 2016-2030. Elle a pour objectif de consolider les bases d'une croissance soutenue et inclusive par l'accélération de la transformation structurelle de l'économie, avec l’ambition de transformer la Mauritanie en un pays émergent à l’horizon 2030. Selon l’édition 2019 du rapport Doing Business, le pays a enregistré une amélioration substantielle du climat des affaires et est passé de la 165ème place en 2010 à la 148ème place en 2018 (150ème en 2017), soit une amélioration de 17 places en 8 ans. Dans le classement 2018 sur la compétitivité dans le monde du Forum économique mondial, la Mauritanie a relativement peu progressé en passant de la 135ème place en 2010 à la 131ème place en 2017 (128ème en 2016), soit une amélioration de 4 places en 8 ans.

Vue d’ensemble du secteur financier

La structure du système financier mauritanien est dominée par le secteur bancaire qui comprenait en 2017, 17 banques commerciales dont 5 à caractère islamique et 5 à capitaux majoritairement étrangers. Le nombre d’agences bancaires s’élevait à 221. Le système financier non-bancaire comprenait 17 compagnies d’assurance, 2 caisses de prévoyance sociale et 29 institutions de microfinance. Le secteur de la téléphonie mobile compte 3 opérateurs qui exercent dans le cadre de licences d’exploitation 2G et 3G attribuées par l’autorité de régulation.

Les autorités mauritaniennes ont procédé à des réformes importantes du secteur financier, à la suite des recommandations issues du programme d’évaluation du Secteur Financier (PESF) établi en 2014 avec le Fonds Monétaire International (FMI). Ces réformes ont porté entre autres sur la révision du dispositif législatif relatif au statut de la Banque centrale et à l’activité bancaire, l’adoption en 2018 de nouvelles réglementations s’alignant sur les principes de Bâle III, dont l’augmentation du capital minimum obligatoire des fonds propres des banques à 1 milliard MRU (monnaie locale) d’ici 2020, et la mise en place d’un mécanisme de refinancement d’urgence octroyant de la liquidité aux banques faisant face à des tensions de trésorerie, sur la base d’un ensemble de collatéraux éligibles. La Banque Centrale, qui a en charge la supervision des banques et établissements financiers, a procédé, en janvier 2018, au changement de base unitaire de sa monnaie (au taux de 10 pour 1) et à la mise en circulation de sa nouvelle monnaie (l’ouguiya, MRU) à la place de l’ancienne (l’ouguiya, MRO). Il existe un fonds de garantie des dépôts dont le but est d’indemniser les déposants en cas de faillite d’un établissement bancaire. Les ressources de ce fonds proviennent essentiellement de la contribution des banques.

Secteur bancaire

Structure du marché bancaire – Le taux de bancarisation intégrant les adhérents aux Institutions de microfinance (IMF) était de 30% en 2017 (4% en 2010). Cette amélioration est imputable à l’augmentation du nombre de guichets automatiques sur le réseau national qui a encouragé l'usage des cartes interbancaires. En 2017, les 3 plus grandes banques détenaient 38,8% des actifs du secteur. Les actifs bancaires sont passés de 31,1% du PIB en 2010 à 52,5% en 2017, soit une progression de 68,8%. En valeur nominale, ils ont plus que doublé entre 2010 (37,22 milliards MRU soit 1,01 milliards USD) et 2017 (92,16 milliards MRU soit 2,5 milliards USD). Le ratio des prêts nets sur les dépôts de la clientèle s’est maintenu au-dessus de 80% à partir de 2013. Le taux de réemploi des dépôts en crédit était de 111% en 2017 contre une norme internationale de 120%.

Les banques islamiques sont habilitées à recevoir des dépôts et à accorder des prêts à leur clientèle à travers des produits conformes aux prescriptions de la Charia. Les activités des banques islamiques n’impliquent pas la perception et/ou le versement d’intérêt. Les autorités envisagent la mise en place d’un cadre réglementaire spécifique aux banques islamiques, vu le potentiel de la finance islamique dans la promotion de l’inclusion financière.

Structure des crédits et dépôtsLe volume des crédits atteignait 47,2 milliards MRU en 2017 (1,3 milliards USD). 70% des crédits octroyés sur la période 2010-2015 sont des crédits à court terme, illustrant la faiblesse des concours bancaires dans le financement des investissements à long terme. La répartition sectorielle des concours à l’économie est marquée par la prédominance du commerce, dont la part dans le total des concours bancaires a connu une baisse tendancielle (de 27% en 2012 à moins de 20% en 2017). Les dépôts, majoritairement constitués des dépôts à vue, ont atteint 52,5 milliards MRU (1,4 milliards USD) en 2017.

Taux d’intérêt créditeurs et débiteurs Le taux débiteur moyen a continuellement baissé jusqu’en 2010 avant de rester stable à 17% jusqu’en 2017. Cette diminution s’explique en partie par la concurrence accrue entre les banques. Quant au taux moyen créditeur, il est resté stable à 8% jusqu’en 2011 avant de baisser à 4% à partir de 2012.

Solidité financière du secteur bancaireLe ratio des prêts non performants qui était de 45,3% en 2010 s’est établi à 22,7% en 2017, soit une baisse de 50,5%. Cette baisse est imputable d’une part à l’adoption par les banques d’une politique de crédit plus rigoureuse et d’autre part au transfert progressif hors du bilan, des prêts non performants entièrement provisionnés. La couverture des créances non-productives par les provisions s’est progressivement améliorée, de 30% en 2010 à 70,7% en 2017. Le ratio de liquidité (actifs liquides sur exigibilités à court terme) demeure supérieur au minimum réglementaire de 20% sur la période 2010-2017, malgré la baisse tendancielle observée.

Depuis 2012, les banques présentent un niveau adéquat des fonds propres qui est supérieur au minimum requis (10,2 milliards MRU, soit 277,2 millions USD), nonobstant une rentabilité encore faible. En 2012, le rendement des fonds propres (ROE) et celui des actifs (ROA) ont atteint leurs plus hauts niveaux à 6,4% et 1,4% respectivement. La moyenne africaine en 2012 pour les ROE et ROA était respectivement de 24,03 et 2,56 %, les plus hauts niveaux atteints étant respectivement de 75,26 % (Éthiopie) et 7,3 % (Malawi). Le ratio de solvabilité s’est établi à un niveau nettement supérieur au minimum réglementaire de 10% en 2010-2017.

Inclusion financière

L’inclusion financière en Mauritanie n’a pas connu de réel progrès entre 2014 et 2017. La part de la population adulte possédant un compte (tout type de compte) a régressé depuis 2014 pour atteindre 20,9% en 2017, nettement en dessous de la moyenne sub-saharienne (42,6%). Cette baisse pourrait s’expliquer par la forte propension de la population mauritanienne à utiliser les espèces dans le règlement des transactions ; situation à laquelle s’ajoute la faible performance du secteur financier non bancaire tel que le secteur de l’assurance. La part des adultes disposant d’un compte de mobile money a connu une baisse importante de 38,4% pour s’établir à 4% en 2017, largement en dessous de la moyenne subsaharienne (20.9%). Cette baisse contraste avec le taux de pénétration de la téléphonie mobile qui était de 104% en 2017, et l’offre grandissante de produits financiers à caractère islamique.

Le secteur de la microfinance

Le cadre légal et réglementaire des IMF est régi par l’ordonnance no005/2007 qui définit 3 catégories d’institutions de microfinance : les structures coopératives ou mutualistes (catégorie A), les sociétés anonymes (Catégorie B) et les programmes ou projets faisant du crédit (Catégorie C). Les institutions de microfinance en activité en 2017 étaient au nombre de 29. L’encours des crédits distribués par les IMF représentait 1% du total des crédits nets du système bancaire tandis que le volume des dépôts des IMF représentait 2% du total des dépôts collectés par le système bancaire. Les crédits octroyés par les IMF ont connu une évolution erratique marquée par une baisse importante de 89,6% entre 2013 et 2014, suite à la diminution des crédits alloués par les Caisses Populaires d’Epargne et de Crédit (CAPEC). Les dépôts ont régulièrement évolué à la hausse pour se situer entre 0,5 et 1 milliards MRU (13,6 et 27,2 millions USD). Bon nombre d’IMF ne respectent pas la majorité des normes prudentielles relatives à leur activité. Même si le ratio de liquidité a été respecté par l’ensemble des IMF entre 2010 et 2015, ces dernières sont restées insolvables, en particulier à partir de 2014. Afin de réduire l’asymétrie d’information et le risque de crédit, les autorités ont élargi la couverture de la centrale des risques aux établissements de microfinance.

Les produits et services offerts par les IMF sont très peu variés et portent essentiellement sur l’épargne, le crédit et le transfert d’argent. Certains produits à caractère islamique sont offerts par des IMF. Les taux d’intérêts sur les crédits qui varient d’une IMF à une autre, se situent généralement entre 15% et 24% par an et les prêts sont d’une durée allant de 3 à 24 mois. Au plan institutionnel, la tutelle des IMF est assignée à la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) qui exerce une mission de contrôle, de supervision et de vérification de régularité, d’octroi et de retrait des agréments. La stratégie nationale de la microfinance (SNMF) a été actualisée pour la période 2015-2019. Des mesures prudentielles ont conduit au plafonnement du crédit octroyé par les IMF qui ne peut excéder 0,1 million MRU (2 717,5 USD) pour les IMF de catégorie A et 0,2 millions MRU (5 435 USD) pour les IMF de catégorie B.

Finance numérique

La proportion des transferts numériques d’argent entre personnes est particulièrement faible. Le montant total des paiements de personne à personne s’est chiffré à 1,954 milliards MRU (53,1 million USD). Les mises à disposition (cash à cash) constituent 98% des transactions en valeur dont seulement 2% sont opérées depuis et vers un portemonnaie électronique. Des circuits informels de transfert d’argent existent et sont fortement utilisés par les populations. Ils sont notamment utilisés pour l’envoi de fonds qui, bien que portant sur de petits montants par opération, engendrent des flux financiers substantiels.

Financement des PME

L’accès des PME au financement bancaire demeure problématique et constitue un obstacle au développement du secteur privé en Mauritanie. La principale source de financement des entreprises provient des fonds internes et des bénéfices réinvestis. Seulement 12% des entreprises de petite taille (5 à 9 employés) ont accès aux financements bancaires contre 50% pour les firmes de plus de 50 employés. La perception d’un risque élevé des crédits aux PME et l’absence de garanties acceptables constituent, entre autres, les causes de ce déficit. Les concours en provenance des IMF sont limités en raison du plafonnement du montant de crédit qu’elles sont autorisées à octroyer. Une autre option pour les IMF est la mise en œuvre d’un partenariat avec une banque pour les montants au-delà de la limite requise. Sur la période 2013-2017, les ressources mobilisées par la Banque Centrale et la Caisse de Dépôt et de Développement ont atteint un total de 70 millions USD. Ces ressources ont permis le financement de près de 200 entreprises pour un montant global d’environ 18,6 millions USD. Ces entreprises emploient plus de 2 700 personnes. En outre, une ligne de crédit de 50 millions USD a été mobilisée auprès du Fonds Arabe pour le Développement Economique et Social (FADES), et a pu financer, à ce jour, la création de 102 PME.

Les assurances

Le marché des assurances compte 17 sociétés d'assurance pour un chiffre d'affaires global estimé à 23 millions USD dont 70% provenant de la branche automobile. La plupart des compagnies sont à capitaux majoritairement mauritaniens. Le secteur est caractérisé par un faible taux de pénétration (0,6% en 2014) et une faible densité d’assurance (7,1 USD par habitant en 2014). Le montant total des primes était estimé à 28 millions USD en 2014, dont 7,85% pour l’assurance vie et 92,15% pour l’assurance non-vie. L’assurance automobile occupe la grande part des primes émises (34%). Les entreprises du secteur manquent de spécialisation et ne respectent pas, pour certaines, la norme prudentielle d’établissement du capital social minimum qui est de 30 millions MRU (815 243 USD). Le secteur des assurances est supervisé par la Direction du contrôle des assurances et régi par la loi No 93-40 du 20 juillet 1993 portant code des assurances, qui a été révisée par une ordonnance en 2007. La Mauritanie fait également partie de l’Union Générale Arabe d’Assurance (UGAA) créée en 1964.

Le marché des capitaux 

Le marché monétaire est peu développé et composé d’un marché des bons du Trésor et d’un marché interbancaire. Il n’existe pas de marché d’obligations ni d’actions. Les bons de trésor portant des maturités de 26 et 50 semaines ont été introduits dès 2009. Le volume d’émission des bons du Trésor est passé de 17,9 milliards MRU (486,5 millions USD) en 2006 à 48,7 milliards MRU (1,3 milliards USD) en 2010, soit un taux de croissance annuel moyen de 28,43%. Le classement annuel de 54 économies d’Afrique relatif à l’indice de développement du marché obligataire africain et publié par l’Initiative des Marchés Financiers Africains (IMFA), octroie en 2017 la 42ème place à la Mauritanie qui a vu sa position se dégrader depuis 2 ans (40ème et 41ème respectivement en 2015 et 2016). Les faiblesses identifiées portent sur : (i) l’infrastructure du marché obligataire, (ii) les émetteurs, les stratégies d’émission et l’accès au marché, et (iii) la base des investisseurs locaux (prenant en compte le total des actifs détenus par les fonds de pension, les fonds communs de placement et les compagnies d'assurance).

La sécurité sociale

La Mauritanie dispose de plusieurs régimes de sécurité sociale. Selon la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), les recettes de cotisations, toutes branches confondues, se sont élevées à 571,9 millions MRU (15,5 millions USD) au 31 décembre 2013. Les frais de gestion représentent environ 30% des cotisations alors que le recouvrement de ces dernières constitue l’un des problèmes majeurs de la CNSS, occasionnant des arriérés importants se chiffrant à environ 1,6 milliards de MRU (43,5 millions USD) dont 56% dus par l’État. En outre, la CNSS détient 0,23 milliards de MRU (6,3 millions USD) de bons du Trésor (au rendement de 4,5%), 0,14 milliards RMU (3,8 millions USD) de dépôts à vue et 0,17 milliards MRU (4,6 millions USD) domiciliés au trésor. Un mécanisme innovant d’information et de remboursement des assurés de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) a été mis en œuvre en 2011, sur la base du système SMS via téléphone mobile ; L’initiative a réduit les coûts administratifs de 50% et les délais de remboursement de 3 mois à 4 jours. L’une des barrières à la mobilisation de l’épargne est le manque de données statistiques fiables sur les employeurs, les employés et le marché du travail qui seraient mises à la disposition du ministère de tutelle. En outre, le faible taux de recouvrement des arriérés de cotisation et l’importance des dépôts non rémunérés (dépôts à vue et ceux dans les comptes de trésor) constituent, entre autres, des obstacles à l’investissement des caisses.

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Source

En bref

Population (2017): 4 420 180
PIB par habitant (USD courant) - 2017 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 1 136,76
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 23% | 21%
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): n/a
Stratégies d'inclusion financière: Financial Sector Development Strategy and Action Plan 2013-2017 EN
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: 4,25
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): 17% | 16%
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: n/a
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 8% | 10 ans

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