Aperçu du secteur financier

Paysage économique

Le Kenya est la première économie de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) avec un Produit Intérieur Brut (PIB) estimé à 71 milliards USD, soit 45% du PIB de la zone. Il est aussi considéré depuis 2014 comme un pays à revenu intermédiaire de la classe inférieure, suite à une réévaluation à la hausse de 20% de son PIB. La vision 2030, établie en 2008 dans le but de répondre aux défis de long terme et du développement durable, a favorisé des investissements de long terme qui ont impacté positivement les perspectives en termes de croissance économique et d’amélioration des conditions de vie. Cependant, bien qu’ayant bénéficié d’une croissance économique significative durant ces dernières années, en moyenne de 5,9% depuis 2010, le pays fait face à de nombreux défis, dont la problématique de l’amélioration du climat des affaires (136ème au classement Doing Business de la Banque Mondiale), la répartition équitable des richesses (l'indice GINI du Kenya est passé graduellement de 57,46 en 1992 à 48,51 en 2005), l’industrialisation et la professionnalisation de la filière agricole (comptant pour près du tiers du PIB kényan) et l’équilibre des agrégats macroéconomiques. Le secteur tertiaire y est prédominant et représente plus de 50% du PIB national, tandis que le secteur agricole concentre les deux tiers de la population active avec une contribution inférieure au PIB, du fait de sa faible productivité. L'économie du Kenya reste vulnérable à des facteurs endogènes comme exogènes ; notamment les dérapages budgétaires, les conditions climatiques, une croissance plus faible que prévue dans des pays parmi les principaux partenaires commerciaux du Kenya, et les incertitudes liées à la hausse des taux d'intérêt aux États-Unis et à l'appréciation du dollar.

Vue d’ensemble du secteur financier

En 2017, l’ensemble des actifs du secteur financier représentait 85,1% du PIB. Le secteur croit à un rythme moyen de 7,1% depuis 2013 et le total des actifs financiers a augmenté de 7,7% entre 2016 et 2017. La croissance du secteur a été tirée par de solides performances macroéconomiques, un environnement réglementaire en constante mutation et l’augmentation des investissements dans les technologies financières (Fintech). Le taux d’inclusion financière a continué de s’améliorer. La proportion de la population vivant à 3 km d'un point d'accès aux services financiers est passée de 59% en 2013 à 77% en 2016. Cette évolution a été principalement tirée par la numérisation des opérations, le canal de la téléphonie mobile étant la méthode privilégiée par les populations pour accéder aux services financiers au Kenya. Le Trésor public a récemment finalisé le projet de loi de 2018 sur le comportement des marchés financiers, qui s’intéresse à la gestion systémique du crédit dans l’économie du Kenya.

Le secteur bancaire

Avant 2015, le secteur bancaire était considéré comme un secteur dynamique et hautement rentable, avec une rentabilité des fonds propres supérieure à 20% en moyenne. Mais depuis lors, 3 banques se sont effondrées, entrainant une crise de confiance des consommateurs et contribuant à la fragilisation du secteur. Cette conjoncture s'est davantage détériorée après l'introduction du plafonnement des taux d'intérêt en août 2016. Les taux d’intérêts des prêts bancaires avaient été plafonnés à 400 points de base (4%) au-dessus du taux de référence de la Banque centrale du Kenya, tandis que les dépôts des épargnants étaient rémunérés à hauteur d’au moins 70% du taux de référence. Si l'objectif de la mesure était de réduire le coût du crédit, l'une des conséquences directes a été le ralentissement de la croissance des prêts au secteur privé, notamment aux PME. En mars 2019, la Cour suprême kényane a officiellement décidé de lever la mesure de plafonnement des taux d’intérêt pour une période de 12 mois.

Le secteur a également été caractérisé par une adoption accrue de la technologie et l'utilisation de canaux alternatifs qui ont permis aux banques de cibler efficacement la population non bancarisée. Les canaux de distribution alternatifs tels que les services bancaires mobiles, les services bancaires par Internet et les intermédiaires offrant des services bancaires (Agent Banking) ont facilité l'accélération de la croissance de la clientèle.

Structure du marché bancaire - Au 31 décembre 2017, les actifs cumulés du secteur bancaire atteignaient 39,5 milliards USD, soit 49,7% du PIB de la même année. La répartition de la structure actionnariale du marché bancaire au 31 décembre 2017 se présente comme suit : 3 banques publiques, représentant 3,5% du total des actifs ; 22 banques privées à capitaux locaux représentant 64,8% du total des actifs ; et 15 banques à capitaux étrangers dont les actifs représentent 31,7% du volume total.

Structure des crédits et dépôts du secteur bancaire - Les crédits avaient augmenté à un taux moyen impressionnant de 16% entre 2011 et 2015, tirés par une croissance économique forte. En 2015, le ratio du crédit au secteur privé sur le PIB kényan était de 35%, inférieur à la moyenne de l'Afrique subsaharienne qui était de 46% et à la moyenne mondiale de 129%. Les dépôts et le volume brut de prêts s’élevaient respectivement à 29,8 milliards USD et 21,3 milliards USD en 2017, alors que le volume de prêts non productifs représentait 12,3% du volume brut des prêts. Les commerces concentrent environ le tiers des prêts non-productifs et les crédits sont octroyés majoritairement aux ménages kényans (25,11%).

Solidité financière du secteur bancaire - Le secteur bancaire kényan est suffisamment capitalisé. Le ratio de fonds propres des banques s'établissait à 18% en juin 2018, nettement supérieur à l'exigence réglementaire de 14,5%. Le ratio de liquidité moyen du secteur bancaire reste également largement supérieur au ratio de liquidité réglementaire minimal de 20%. La liquidité globale s'est établie à 48% en juin 2018. De plus, le secteur est resté rentable malgré une baisse de la profitabilité due à la réduction des prêts au secteur privé, au coût élevé des dépôts et à une croissance économique relativement modérée en 2017.

Le cadre institutionnel et réglementaire régissant les banques a été régulièrement mis à jour afin de renforcer le secteur bancaire et d'aligner la réglementation bancaire sur les normes internationales.

Le marché boursier et des capitaux

Le marché boursier au Kenya est animé par la bourse de Nairobi, Nairobi Stock Exchange (NSE), qui a été créée en 1954. Au fil des années, son développement a permis d’enregistrer en 1988 la première opération de privatisation d’une portion des parts de l’Etat dans la Kenya Commercial Bank (KCB), et en 1996, sa plus grosse introduction en bourse: celle de la Kenya Airways où le gouvernement a cédé 48% de ses parts à plus de 110 000 nouveaux actionnaires. La capitalisation boursière s’élève en avril 2019 à 23,46 milliards USD - soit 26,6% du PIB de l’année précédente - et plus de 66 entreprises étaient enregistrées à la cote à la même période. Le marché boursier kényan fait partie des 3 places financières les plus performantes du continent, notamment en matière d’accès par des capitaux étrangers. Cependant, entre 2014 et 2018, les introductions en bourse sur le NSE n’ont permis de lever que 42 millions USD, ce qui s’avère faible par rapport à des pays comme l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Maroc, le Nigeria, le Ghana ou l’Ile Maurice. Les autres formes de levées de fonds sur le marché boursier kényan ont atteint 386 millions USD sur la même période. Le NSE a également fait preuve d’une innovation majeure en 2017 en démocratisant l’accès à l’investissement sur le marché boursier et financier du Kenya, à travers l’introduction de M-Akiba. Il s’agit d’une obligation émise par le gouvernement et accessible aux populations à revenus faibles et modestes disposant d’un téléphone mobile.

En 2018, plus de la moitié (59%) des transactions de capital-investissement dans la région ont été réalisées au Kenya. La forte croissance économique des dernières années autour de 5%, renforcée par la confiance des investisseurs privés, la stratégie à moyen et long terme du gouvernement et une classe moyenne en pleine évolution, constituent des critères importants dans le choix du Kenya comme destination des investisseurs internationaux en Afrique de l’Est.

Inclusion financière  

Le Kenya est incontestablement le leader africain voire mondial du mobile money en termes de taux d’utilisation, d’impact sur l’économie et de potentiel d’innovation dans le secteur tertiaire (startups et systèmes innovants de paiement). Sous l’effet de la progression des services financiers digitaux, dont le mobile banking, le taux d’inclusion financière au Kenya, considérant le critère de l’accessibilité de services financiers à 3 km du lieu de résidence d’un citoyen, a progressé de 59% en 2013 à 77% en 2016.

Le secteur de la microfinance

Depuis l’adoption effective en 2008 du « Microfinance Act, 2006 », le secteur de la microfinance au Kenya a connu de profondes mutations et une croissance en termes d’ouvertures de comptes, de dépôts et de crédits respectivement à hauteur de 12%, 184% et 131% de 2012 à 2017. La forte progression des dépôts et des crédits contraste quelque peu avec la hausse du nombre de clients qui a été dix fois moins élevée. La croissance disproportionnée de ces 3 indicateurs suppose implicitement que les niveaux de crédit et de dépôt moyen (par emprunteur) ont significativement augmenté durant ces dernières années, illustrant la persistance de la problématique de l’accessibilité des services financiers pour les plus pauvres. Depuis 2008, 13 licences ont été accordées à des banques spécialisées dans la microfinance, dont 5 acteurs majeurs se partagent 95 % du marché sectoriel. Les niveaux des prêts non performants et du portefeuille à risque se sont dégradés, augmentant respectivement de 394% et 16% entre 2012 et 2016. En cause, le renforcement des normes réglementaires, l’inadéquation de l’offre de produits et services financiers, ainsi que les limites managériales des institutions spécialisées dans la microfinance vis-à-vis des défis inhérents à leur croissance. La profitabilité du secteur s’est davantage dégradée en 2017, passant d’une perte de 3,7 millions USD en 2016 à 6,13 millions USD. Cette baisse de rentabilité s’est accompagnée d’une réduction des dépôts et des crédits entre 2016 et 2017.

Finance digitale

L’un des facteurs déterminants de l’inclusion financière au Kenya se résume dans le succès sans pareil de l‘adoption des solutions digitales de mobile money par la population majoritairement non-bancarisée. Les transferts interpersonnels P2P (person-to-person) d’argent sont dominés par le mobile money, dont 42% des utilisateurs s’en servent pour des paiements domestiques de biens et services, et des transactions avec les institutions financières dans lesquelles ils détiennent un compte. Mieux, les transferts d’argent par mobile money ont atteint près de la moitié du PIB kényan entre juin 2016 et juin 2017, soit l’équivalent de 34 milliards de $ pour un volume d’un milliard de transactions sur la période considérée. Les Opérateurs de Téléphonie Mobile (OTM) se partagent le marché kényan à travers leurs plateformes de paiement électronique par mobile money, dont l’acteur précurseur et dominant reste M-Pesa de Safaricom. Ils doivent cependant faire face depuis peu à la concurrence des banques et des institutions de microfinance qui ont mis progressivement en place des outils de paiements mobiles (technologie USSD) et des plateformes interbancaires (Pesalink). Au-delà des services financiers de première génération (dépôts – retraits – transferts), se développent également des services de seconde génération tels que les offres de microcrédit et de micro-assurance transitant par le mobile money.

Caisses d'épargne et de crédit

Au Kenya, les caisses d'épargne et de crédit (SACCOs) peuvent recevoir de l'épargne de leurs clients. Les actifs des SACCOs comptent pour environ 10% des actifs des institutions financières collectant l’épargne. Elles fournissent néanmoins des services financiers à plus de 4 millions de kényans, environ 9% de la population active du pays. Ces caisses partagent plus ou moins leur segment de clientèle avec les institutions de microfinance, dans la mesure où elles opèrent de manière significative dans les zones rurales et économiquement marginalisées. Selon le rapport de supervision bancaire de la banque centrale du Kenya en 2015, les prêts et les dépôts des SACCOs s’élevaient respectivement à 2 511 et 2 374 millions USD, contre 458 et 405 millions USD pour les institutions de microfinance ; soit une taille du secteur des SACCOS équivalente à environ 5 fois celle des banques spécialisées en microfinance. Par ailleurs, en 2015, le nombre de caisses d’épargne et de crédit s’élevait au nombre de 177 et le total des actifs consolidés de ces caisses a augmenté de 13,7% à 3,4 milliards USD. Le total des actifs des caisses détenant l'épargne des clients a quant à lui augmenté de 13,7% en 2015 à 3,4 milliards USD tandis que les taux d'intérêt moyens sur les prêts, variant entre 12% et 13,5%, sont en moyenne inférieurs à ceux pratiqués par les banques commerciales. Le nombre de caisses collectant l'épargne des clients a progressé de 12% en moyenne en 2015.

Bien que le potentiel de croissance des caisses d’épargne et de crédit (SACCOs) reste élevé au Kenya, notamment dans les zones périurbaines et rurales où elles constituent une alternative à la sous-représentation des banques commerciales, les SACCOs, tout comme les institutions de microfinance, pâtissent de l’offre récente des acteurs du mobile banking qui ont des avantages comparatifs importants, notamment en termes de coûts financiers, logistiques et d’accessibilité. De manière plus spécifique, les caisses d’épargne et de crédit sont sujettes à des défis en termes de déviation de leurs ciblages et objectifs initiaux, à des risques de recouvrement (dus à la capacité d’être simultanément membre dans plusieurs SACCOs), la non-couverture par les credit bureaus et la faiblesse du potentiel entrepreneurial des membres.   

Assurance

En 2017, le secteur des assurances au Kenya comptait 52 compagnies d'assurance, 4 sociétés de réassurance, 221 sociétés de courtage et 9 348 agents d'assurance. Les primes brutes du secteur en 2013 valaient 1,24 milliard USD en 2013 alors qu’elles s’élevaient à 2,05 milliards USD en 2017, soit une progression de 62% en l’espace de 5 ans. 4,3 millions de kényans détiennent une assurance-vie ; soit près de 10 % de la population totale. La pénétration de l'assurance au Kenya est de 2,7%, un taux considéré comme faible par rapport à la moyenne mondiale de 6,3%. Cependant, comparé à la région élargie de l'Afrique de l'Est, le Kenya représente environ 70% de tous les produits d'assurance achetés et se positionne dans le peloton de tête des 5 plus grands marchés africains de l’assurance, après l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Egypte et le Nigeria. L'innovation technologique dans le secteur a induit la croissance de la microassurance. Les investissements de l’industrie sont passés de 900 millions USD en 2006 à 4,6 milliards USD en 2016. Des réformes réglementaires ont été annoncées par les décideurs publics en juillet 2017 afin de tirer davantage profit de la technologie pour renforcer l’accessibilité des services et produits d’assurance.           

Fonds de pension                                                               

Le système de retraite, ou de fonds de pension, au Kenya est composé du régime de retraite de la fonction publique, du National Social Security Fund (NSSF), des régimes professionnels et des régimes individuels de retraite. Selon les estimations du Retirements Benefits Authority (RBA), superviseur des fonds de pension kényans, la couverture des fonds de pension est estimée à 15% de la population active. Le NSSF couvre plus du tiers des adhérents à un fonds de pension (obligatoire ou optionnel) à l’échelle nationale, 20% relèvent de la fonction publique tandis que 10% environ cotisent dans des régimes professionnels et individuels de retraite.

Le total des actifs sous gestion était de 8,14 milliards USD en 2015, soit plus de 10 % du PIB de la même année, tandis que la croissance de ces actifs a cru de 3,3% entre 2014 et 2015. Leur allocation dans diverses classes d'actifs a contribué à la stabilité du secteur financier : 30% des fonds gérés sont investis dans les titres d’endettement public, 23 % dans des actifs cotés en bourse, 19 % dans des biens immobiliers, 12% dans des fonds garantis, 7% dans des dépôts à terme, 6% dans des titres à revenu fixe et 3% pour des types d’investissements autres que ceux précités. En 2015, les fonds de pension ont été autorisés à investir jusqu'à 10% de leur portefeuille dans des fonds de capital-risque et des fonds d'amorçage agréés par l'Autorité des marchés financiers. Selon les prévisions du régulateur du secteur, les actifs sous gestion des fonds de pension devraient augmenter de près de 2 milliards USD en 2016 et atteindre 10 milliards USD d'actifs et de contributions. Pour accroître la couverture des fonds de pension auprès des salariés formels et des acteurs économiques informels au Kenya, la RBA a initié une intense campagne de sensibilisation et de communication visant à montrer à ce public-cible les dangers et les conséquences à long terme de la non-affiliation à un système de pension. L’objectif étant d’accroître d’environ 5% la couverture des fonds de pension d’ici 2019.

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Source

En bref

Population (2017): 49 699 860
PIB par habitant (USD courant) - 2017 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 1 594,83
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 75% | 82%
Crédit dédié à l'agriculture (Agriculture, foresterie et pêche) / Part de l'agriculture dans le PIB (2015): 0,13 | 0,12
Stratégies d'inclusion financière: n/a
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: 40,3
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): 69% | 79%
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: 0.024
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 13.46% | 25 ans

Base de données de projets des bailleurs

Projects

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