Aperçu du secteur financier

Paysage économique

Après des dérapages en 2016, l'économie ghanéenne a enregistré une croissance moyenne de 3,5% en 2017. Cependant, la dette extérieure du pays a atteint des niveaux importants, passant de USD 29,2 milliards en 2016 à USD 31,7 milliards en 2017, soit 68,1% du PIB. L'inflation se maintient au-dessus de 10%, passant de 12% à 11% en moyenne en 2017. Le taux directeur de la politique monétaire de la banque centrale est de 21%, niveau particulièrement élevé et représentant un défi majeur pour le secteur bancaire. Après sa redénomination 2007, la monnaie nationale, le cedi était presqu’à parité égale avec le dollar américain. Depuis lors, le cedi s’est déprécié à 1 USD / 4.5 Gh ¢. Grâce à l'amélioration des prix mondiaux du pétrole, les réserves extérieures sont passées de USD 4,9 milliards en 2016 à USD 5,9 milliards en 2017 représentant 3,4 mois d'importation. En termes de développement humain, le pays affiche un Indice de Développement Humain (IDH) de 0,579 et un coefficient de Gini moyen estimé à 42,8%.

Vue d’ensemble du secteur financier

A l’image des autres pays africains, le système financier ghanéen est dominé par les banques. La Banque du Ghana (BoG) est la banque centrale en charge de la supervision bancaire et du développement de la politique d’inclusion financière. Ses prérogatives s’étendent également au secteur de la microfinance. Selon les données disponibles, les banques agréées au Ghana sont passées de 28 en 2014 à 33 en 2016 tandis que le nombre des agences bancaires est passé de 967 en 2014 à 1341 en 2016.

564 institutions de microfinance desservaient le marché national en 2016, alors qu’elles étaient au nombre de 503 en 2014. Les activités des agents de mobile money se sont fortement développés : leur nombre a été quasiment quintuplé entre 2014 et 2016, passant de 20 722 à 107 415, démontrant ainsi la valeur de l'inclusion financière en termes de création d'emplois. Le nombre de guichets automatiques est également passé de 923 en 2014 à 1 928 en 2016. En revanche, le nombre d’institutions financières non bancaires n’a connu qu’une légère augmentation, passant de 60 en 2014 à 64 en 2016.

Au Ghana, il existe 55 compagnies d’assurance dont 26 exerçant dans l’assurance vie et les 29 autres dans les opérations d’assurance non-vie (incendie, accidents et risques divers). Quatre (4) réassureurs y opèrent également. La Commission nationale des assurances (NIC) réglemente et supervise les activités d'assurance dans le pays.

L'Autorité nationale de réglementation des pensions (NPRA) est l’agence statutaire du gouvernement responsable de la réglementation et de l'élaboration des politiques de l'administration des pensions.

Le Ghana Stock Exchange (GSE), le marché boursier national, comprend un compartiment officiel et un autre dédié aux Petites et Moyennes Entreprises (PME). Le Securities and Exchange Commission (SEC) est l’autorité de régulation du GSE.

Secteur bancaire

Le secteur bancaire ghanéen vit depuis quelques années des soubresauts imputables en grande partie à des problèmes de gouvernance des banques et à des faiblesses dans la supervision. Un examen exhaustif de la qualité des actifs, mené en 2016 par la banque centrale, a montré une grave détérioration de la qualité des actifs dans le secteur bancaire. Les résultats ont également pointé des insuffisances substantielles de couverture des risques (provisions) pour un ensemble de banques, suscitant par conséquent un besoin de recapitalisation estimé à environ 1,6% du PIB de la même année. La présence d'actifs toxiques dans les livres des banques a ainsi contribué à ralentir le crédit au secteur privé et à accroitre le coût du crédit. L’accès au crédit, dont les encours sont estimés à 15% du PIB en 2016 continue d'être limité, à des niveaux en dessous de la moyenne des pays comparables. La croissance du portefeuille de crédit a considérablement ralenti, passant de 29,1% en 2015 à 12,4% en 2016. L'extension de l'injection de liquidité dans le système bancaire pour soutenir les banques en difficulté décidée en 2016, conjuguée à la réticence des banques à accorder de nouveaux crédits, a aggravé l'excès de liquidité dans l'économie et décuplé de facto les risques inflationnistes.

En réponse à la fragilité du secteur bancaire, la Banque centrale a triplé en septembre 2017 le montant minimum du capital des établissements bancaires de 120 à 400 millions de cédis équivalant à USD 91 millions[i]. Alors que la date limite de mise en conformité a été fixée au 31 décembre 2018, 5 des 35 banques opérant au Ghana avaient respecté cette nouvelle disposition réglementaire à fin 2017. Certaines banques pourraient utiliser la bourse pour lever les fonds nécessaires à cette recapitalisation. Malgré ces mesures préventives, deux groupes bancaires ont vu leur licence révoquée quand une troisième banque a été mise sous administration provisoire.

A fin 2017, le total des actifs des banques a atteint 93,2 milliards de GH ¢, en croissance annuelle de 12,8%. Cette croissance des actifs est principalement financée par les dépôts, qui ont augmenté de 10,6%. Le taux de référence du Ghana (GRR) qui sert de « taux de base » dans la fixation des taux d'intérêt sur les prêts des banques s'établissait à 16,82% en avril 2018.

La Banque centrale coordonne le développement d’une infrastructure de paiement électronique censée améliorer l'interopérabilité des infrastructures de paiement et des valeurs mobilières tout en limitant les risques liés aux systèmes de paiement, de compensation et de règlement. D'autres mesures pour renforcer le cadre prudentiel et réglementaire, réduire l'aide de liquidité en cours et soutenir la stabilité du secteur de la microfinance aideront à construire un secteur financier plus solide et orienté vers un meilleur soutien à la croissance et à la promotion de l'inclusion financière.

Inclusion financière

Le mobile money s’est révélé être un puissant moteur de l'inclusion financière au Ghana et l'accès des ruraux aux services financiers a doublé depuis 2010. Il est utilisé, dans la plupart des cas, pour payer les factures, acheter des biens et services, effectuer des paiements directs pour des prêts et des contributions d'épargne, acheter du temps de communication téléphonique et des services de données, envoyer et recevoir de l'argent.

Secteur de la microfinance

Au Ghana, la Banque centrale a le mandat légal et la responsabilité globale pour réguler l’industrie de la microfinance, avec le soutien du Centre de microfinance et de petits prêts (MASLOC) et du Réseau des institutions de microfinance du Ghana (GHAMFIN). Selon le GHAMFIN, seulement 10% des sociétés de microfinance respectent les règles en vigueur et une grande partie pourrait disparaitre si le régulateur ne prolonge pas le délai pour la mise en conformité avec les dispositions relatives à l’accroissement du capital minimum requis. Toutes les sociétés de microfinance devraient porter leur capital de 500 000 GH ¢ (108 000 USD) à 2 millions GH ¢ (2 432 000) avant juin 2018. Le secteur des PME sera le plus touché en cas de fermeture des institutions de microfinance : la plupart des PME ont recours à des sociétés de microfinance pour leur financement et leurs dépôts.

Finance numérique

Le secteur est régi depuis 2008 par un guide de bonne conduite publié par la Banque centrale ghanéenne. Ce document fixe également les règles des bonnes pratiques des opérateurs pour la protection du consommateur de mobile-banking. Le régulateur a également autorisé les opérateurs mobiles à proposer des produits financiers dans leurs offres de banque mobile. Selon les récentes statistiques disponibles, seuls 7% des ghanéens ont recours à l'épargne mobile, alors que plus de 80% de la population a recours à des modes d'épargne en dehors du système bancaire. Une situation qui représente un réservoir de croissance non négligeable pour les banques et les opérateurs, d’autant plus que les banques au Ghana réalisent leurs opérations bancaires mobiles en collaboration avec les fournisseurs de services de mobile money.

Selon les estimations des opérateurs ghanéens, le marché pourrait encore accueillir 3,5 millions de comptes de mobile money d'ici 2020, en ciblant notamment les agriculteurs. Une intégration réussie de ce secteur d'activité devrait générer 13 millions de dollars en termes de transactions financières et 1.1 million de transactions, dont les retombées positives sur les finances publiques en 2020 seraient significatives. Ce segment est susceptible de booster la bancarisation des ghanéens et leur accès aux services financiers.

Pour l'heure, le Ghana dispose de 19 millions d’abonnés à la téléphonie mobile, équivalant à 67% de la population, et affiche des performances au-dessus de la moyenne régionale qui est de 44%. La grande majorité (60%) des utilisateurs du mobile money sont des citadins. En 2016, le volume des transactions par mobile money s’est chiffré à 18 milliards de dollars pour près de 550 millions de transactions.

Secteur de l’assurance

L’assurance contribue à environ 1.4% du PIB du Ghana en 2013 et le secteur représentait environ 5% des actifs du secteur financier en 2016. Le taux de pénétration de l'assurance au Ghana reste inférieur à 2% de la population, ce qui montre le potentiel de croissance du secteur. La bureaucratie, les retards dans le règlement des sinistres et l’absence d’éducation financière sur les polices d’assurance contribuent à éroder la confiance des populations vis-à-vis des produits commercialisés et du secteur. Des efforts de collaboration entre les entreprises et le secteur public sont nécessaires en vue d’améliorer la transparence et l'efficacité du secteur. En 2015, le régulateur a relevé le capital minimum requis à 15 millions de GH ¢. Une nouvelle augmentation du capital minimum requis pour le secteur était envisagée par le régulateur avant la fin 2018.

Marché des capitaux

La Bourse du Ghana (Ghana Stock Exchange - GSE) a été créée le 26 novembre 1990 et est régie par les textes de la Securities Industry Law de 1993. La Securities and Exchange Commission (SEC) établit les règles de fonctionnement du marché. Il existe sur le GSE 27 sociétés cotées, 10 sociétés de courtage, 5 fonds communs de placement et 1 société à capital variable. Le marché des actifs dérivés reste largement sous-développé et ne comporte aucun produit dérivé de taux d'intérêt ou de change.

Les prêts bancaires et l'épargne personnelle continuent d’être les principales sources de financement des entreprises ghanéennes. L'instabilité macroéconomique affecte aussi bien les entreprises que les investisseurs. Les emprunts d’Etat effectués sur le marché financier à des taux d'intérêt élevés rendent le marché boursier moins attrayant. Une étude menée en 2016 a révélé que les inefficiences du marché, le manque d'orientation claire des politiques gouvernementales et une réglementation inadéquate contribuent également à l'illiquidité. Pour faire face au problème, les autorités de bourse ont récemment introduit le Ghana Alternative Market (GAX) pour les PME et le Ghana Fixed Income Market (GFIM).

Les incitations financières pour les sociétés cotées, une plus grande équité parmi les acteurs du marché ainsi que la mise en œuvre de politiques et réglementations adaptées sont susceptibles de favoriser l'inscription à la cote des entreprises publiques, des entreprises privées locales et des entreprises étrangères exerçant au Ghana.

Système de prévoyance sociale

La loi de 2008 sur les pensions au Ghana établit un régime de pension à trois niveaux comprenant (i) un régime national de base de sécurité sociale obligatoire, (ii) un régime de retraite professionnel obligatoire entièrement capitalisé et privé et (iii) un fonds de prévoyance et un régime de retraite personnel entièrement financés et gérés par le secteur privé. Les orientations d'investissement pour les fonds de pension sont établies par le régulateur du secteur, l'Autorité nationale de réglementation des pensions (NPRA).

Les mutations réglementaires initiées dès 2009 ont ouvert le marché des pensions en incluant le secteur informel précédemment exclu. Celui-ci couvre entre 80 et 90% de la population active au Ghana. Dans le cadre des nouveaux régimes, la croissance du marché potentiel des retraites offre aux sociétés d'assurance, aux banques et aux autres acteurs du secteur des services financiers, la possibilité d’opérer en qualité de fiduciaires, gestionnaires de fonds ou dépositaires. La gestion du régime de retraite a été décentralisée pour inclure des institutions privées. Le total des actifs détenus par les fonds de pension privés du Ghana atteignait 1,1 milliard de dollars à la fin de 2015, selon la NPRA, représentant 3,3% du PIB. Les dernières données de l'OCDE révèlent qu'entre 2014 et 2015, les investissements dans les fonds privés du Ghana ont augmenté de 72,5%, contre 3,3% pour le Kenya au cours de la même période. Entre 2012 et 2015, la variation a été de 480%.

Ces réformes importantes visent prioritairement à mobiliser l'épargne domestique. La réglementation permet en effet à un salarié de consacrer jusqu'à 35% de son revenu à l'épargne-retraite, en franchise d'impôt. Cet incitatif fiscal vise à encourager davantage de travailleurs à souscrire au régime de retraite. Le gouvernement espère qu'un taux d'épargne domestique plus élevé fournira une source additionnelle de capital à long terme pour le développement et réduira la dépendance vis-à-vis des revenus pétroliers.


[i] A la date de la décision avec 1USD= 4.4ghc

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Source

En bref

Population (2017): 28 833 630
PIB par habitant (USD courant) - 2017 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 2046.11
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 41% |58%
Crédit dédié à l'agriculture (Agriculture, foresterie et pêche) / Part de l'agriculture dans le PIB (2015): 0.20 | 0.21
Stratégies d'inclusion financière: n/a
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): 25% | 49%
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: 24,5
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: 0,051
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 28,7% | 20 ans

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