Aperçu du secteur financier

Paysage économique

L’économie de Djibouti est essentiellement basée sur les services dont le dynamisme est renforcé par le développement des infrastructures de transports. Le taux de croissance annuel moyen de l’économie s’est établi à 5,4% entre 2010 et 2017, légèrement inférieur à celui de la communauté d’Afrique de l’Est (5,6%) mais nettement supérieur à celui de la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) qui s’est affiché à 3,3%. Malgré cette évolution positive, le pays reste confronté à des défis majeurs. Les taux de pauvreté et de chômage sont élevés et l’économie est faiblement diversifiée, ce qui accroît sa vulnérabilité aux chocs économiques et climatiques. En outre, l’instabilité dans la corne de l’Afrique en raison des conflits récurrents, constitue une réelle menace pour l’économie djiboutienne. Les autorités ont conçu une stratégie de développement, intitulée Vision Djibouti 2035, dont le but est de transformer Djibouti en un pays à revenu intermédiaire et en un pôle logistique et commercial pour l’ensemble de l’Afrique de l’Est. L’environnement des affaires s’est nettement amélioré dans le Doing Business de la Banque mondiale. Le pays pointe à la 99ème place, soit un gain de 59 places par rapport à 2010. Des efforts considérables ont été accomplis notamment en matière de protection des investisseurs et de création d’entreprises.

Vue d’ensemble du secteur financier

Le système financier demeure encore peu développé. Il est dominé par le secteur bancaire qui détient plus de 95% des actifs du secteur. Le paysage financier comprend 12 banques commerciales à capitaux majoritairement étrangers et 3 banques islamiques. Le secteur financier non bancaire est constitué de 20 auxiliaires financiers agréés (bureaux de change et/ou de transfert), 3 institutions de microfinance, 2 compagnies d’assurance et d’un Fonds de développement économique spécialisé dans le financement des PME/PMI. La Banque Centrale a relevé, en 2011, le capital social des banques, le fixant à 1 milliard francs djiboutien (DJF) (5,6 millions USD), contre 300 millions DJF auparavant (1,7 millions USD). Les réformes initiées dans le secteur portent entre autres sur : (i) la mise en place d’un fonds de garantie partielle des crédits aux PME/PMI, (ii) la modernisation de l’infrastructure financière nationale avec la mise sur pied d’un système de transfert automatisé et d’une chambre de compensation électronique, (iii) l’entrée en vigueur, en juillet 2016, de la loi portant création d’un nouveau système national de paiement et, (iv) la loi portant création d’un système d’information sur le crédit. Les produits et services de la finance islamique ont attiré près de 20% de la clientèle bancaire.

Secteur bancaire

Structure du marché bancaire - Le bilan consolidé des banques s’est établi à 438,1 milliards DJF (2,06 milliards USD) en 2017, soit une hausse de 21,2% sur une année. Le taux de bancarisation de la population adulte s’est affiché à environ 25%, soit une amélioration de plus de 2,2 points de pourcentage par rapport à 2014. L’augmentation du nombre des banques en activité et l’intensification de la concurrence ont favorisé la création de 8 nouvelles agences bancaires entre 2016 et 2017. Les deux plus grandes banques détiennent environ 67 % des actifs, mais leur part recule du fait de la concurrence accrue dans le secteur.

Structure des crédits et dépôts du secteur bancaire - Les crédits au secteur privé ont atteint 102,3 milliards DJF (0,48 milliard USD) en 2017 (28,7% du PIB), soit une croissance de 10% par rapport à 2016, en raison de la hausse des crédits à moyen et long terme. Les crédits au secteur privé sont continuellement en hausse depuis 2014, les établissements de crédit ayant poursuivi une politique de proximité à travers l’ouverture de plusieurs agences dans la capitale et les régions de l’intérieur. Les dépôts de la clientèle se sont affichés à 358,1 milliards DJF (1,69 milliards USD) en 2017, soit une hausse de 25,9% par rapport à 2016. Ils sont dominés par les dépôts à vue qui ont constitué en moyenne 66,2% de leur valeur nominale entre 2014 et 2017.

Taux d’intérêt créditeurs et débiteurs - Entre 2011 et 2015, le taux créditeur s’est maintenu à un niveau largement inférieur à celui du taux débiteur. Le niveau élevé des spreads de taux d’intérêt qui en résulte, autour de 10% entre 2011 et 2017, traduit les effets encore limités de l’intermédiation bancaire.

Solidité financière du secteur bancaire - Les banques ont progressivement renforcé leurs fonds propres à la suite de la décision d’accroitre le capital minimum requis pour les établissements de crédit (1 milliard DJF). Les fonds propres nets consolidés du système bancaire se sont établis à 23,6 milliards DJF (0.11 milliards USD) à fin juin 2017, soit une hausse de 16,2% par rapport à juin 2016. Le ratio de solvabilité des banques est resté conforme au minimum réglementaire requis (12%), excepté en 2014. Le ratio de liquidité, bien qu’inférieur au seuil requis de 100%, s’est continuellement amélioré depuis 2014 pour s’établir à 74,9% en 2017. La qualité des actifs s’est quant à elle progressivement dégradée depuis 2014, sous l’effet de l’accroissement des prêts non performants. Le taux de provisionnement des créances douteuses s’est amélioré, passant de 67,2% en 2016 à 75,8% en 2017. La rentabilité bancaire est quant à elle restée positive. Le bénéfice net consolidé du secteur bancaire national s'est élevé à 2,4 milliards DJF (11,3 millions USD) en 2017, ce qui représente une augmentation de plus de 648 millions DJF (2,6 millions USD) par rapport à la fin de 2014.

Inclusion financière

Selon les dernières données disponibles, environ 12% d’adultes qui disposaient d’un compte dans une institution financière formelle (2011) et 4% des adultes avaient obtenu un prêt d'une institution financière formelle. Seulement 5% des entreprises ont accès au financement bancaire. La relative expansion du secteur financier réalisée à la faveur de la libéralisation financière contraste avec le faible niveau d’inclusion et trouve une partie de son explication dans la forte concentration du secteur sur quelques personnes et entreprises. Plus de 80% des banques dépassaient le plafond des concours à un seul emprunteur entre 2012 et 2015. Les contraintes entravant l’accès aux services financiers sont imputables à plusieurs facteurs, notamment : (i) le chômage et la pauvreté ne permettant pas à une catégorie de ménages de faire face aux frais de gestion des comptes bancaires, même si les conditions d’ouverture de ces derniers ont été assouplies dans un contexte de concurrence accrue ; (ii) la faible pénétration du mobile et d’internet, (iii) les coûts élevés du crédit et, (iv) le faible niveau de développement des systèmes de paiements et d’informations sur le crédit limitant l’offre de financement bancaire. La promotion de l’inclusion financière nécessite le renforcement de l’infrastructure financière, le développement de la microfinance et la libéralisation du secteur des télécommunications. 

Secteur de la microfinance

La microfinance demeure encore faiblement développée. L’offre institutionnelle reste limitée et les taux de couverture et de pénétration du marché demeurent faibles. Le secteur accompagne très peu les petits entrepreneurs et les prêts non performants restent à des niveaux élevés. Les crédits à moyen et long terme, et ceux portant sur des montants compris entre 1 million et 3 millions DJF ne sont pas satisfaits.  La Caisse populaire d’épargne et de crédit (CPEC) de Djibouti, principale institution, a été placée sous administration judiciaire par la Banque centrale, suite aux problèmes de gestion qu'elle a connus de 2012 à 2015. Elle comptait en 2014 plus de 14 000 clients, soit 2 à 3% de la population adulte du pays. L'encours des crédits de cette institution reste négligeable (moins de 0,2% du crédit bancaire) du fait de l'insuffisance de ses ressources financières. Bien qu’une stratégie de développement du secteur ait été conçue et adoptée en 2012, elle demeure inappliquée.

Finance numérique

Le secteur de la finance numérique demeure peu développé du fait, en partie, d’un taux de pénétration limité de l’internet et de la téléphonie mobile et d’un manque de capacité institutionnelle et technique. Seulement 38% des ménages sont abonnés à un service de téléphonie mobile (54% en Afrique de l’Est), et seulement 12% d’entre eux disposent d’un accès à internet. La faible couverture géographique et les prix élevés des abonnements sont les causes principales de cette faible pénétration. Djibouti est classé 158ème sur 176 dans l’indice de développement des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) publié par l’Union internationale des télécommunications. L’utilisation des services financiers numériques reste marginale et les services d’E-commerce, E-banking, E-assurances sont encore faiblement explorés.

Financement des PME

La problématique du financement des PME est récurrente. La majorité des PME opèrent dans le secteur informel et sont privées des crédits bancaires. Les concours bancaires aux PME ne représentent que 12% des crédits octroyés aux entreprises. La portée encore réduite du système de déclaration des crédits constitué du centre d'information et d'analyse des risques ainsi que du registre central des chèques impayés et le peu de fiabilité des informations financières présentées par les PME, expliquent en partie les faibles niveaux de crédit en faveur des entreprises. En outre, le système fiscal dégressif s’avère être dissuasif pour les PME qui préfèrent demeurer dans l’informel.

Sécurité sociale

Le système de protection sociale comprend principalement deux régimes contributifs : un régime particulier et un régime général. Le régime particulier est celui dont bénéficient les agents de l’État et leurs ayants droits. Le ministère de l’emploi assure la prise en charge des agents de l’État. La couverture du régime général s’étend à la santé (accident de travail et maladie), la famille (prestations familiales), la vieillesse et le décès. Ce second régime est réservé aux travailleurs relevant des dispositions du code du travail et leurs ayants droits. À côté de ces deux régimes, la caisse militaire des retraites assure de façon spécifique la couverture sociale des militaires. Une réforme institutionnelle visant à instaurer une cohérence entre les organismes a, en 2008, donné naissance à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), une fusion de l’Organisme de Protection Sociale (OPS) et de la Caisse Nationale de Retraite (CNR). La CNSS est placée sous la tutelle du Ministère de l’Emploi et de la réforme de l’Administration. Bien que des progrès aient été accomplis, le système de protection sociale demeure limité, tant en termes de couverture de risques, qu’en termes de couverture sociale du fait d’une demande de plus en plus pressante. Il n’existe toujours pas d’assurance chômage. En outre, la persistance des problèmes de recouvrement hypothèque les chances de viabilité financière de la CNSS.

Read More
Source

En bref

Population (2017): 956 990
PIB par habitant (USD courant) - 2017 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 1 927,59
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 12% (2011)
Crédit dédié à l'agriculture (Agriculture, foresterie et pêche) / Part de l'agriculture dans le PIB (2015): n/a
Stratégies d'inclusion financière: n/a
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: 34,96
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): n/a
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: 0,033
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 7% | 20 ans

Base de données de projets des bailleurs

Projects

Latest News & Events

juin 11, 2019 | Agence Ecofin
L’Overseas Private Investment Corporation (OPIC), une agence gouvernementale américaine qui octroie des ressources aux f

Dernières publications

30 juin 2018 | UNHCR, UNCDF | UNHCR
05 oct 2015 | IFC, AMF | IFC, AMF