Aperçu du secteur financier

Paysage économique

La croissance économique moyenne du PIB a été de 2,29% entre 2010 et 2017, inférieure à celle de l’Afrique subsaharienne (3,87%). Reposant essentiellement sur les secteurs tertiaires et agricoles (respectivement 41 % et 36 % du PIB), et dépendant de la production et l’exportation des matières premières (dont le café et le thé), l’économie burundaise est structurellement peu diversifiée et vulnérable aux chocs climatiques et aux variations des cours des marchés internationaux. Cette situation accentue sa dépendance vis-à-vis de l’aide internationale au développement. Les autorités ont conçu un plan national de développement pour la période 2018-2027 ; la vision étant de faire du Burundi une économie régionale forte et émergente à l’horizon 2015, et dont le fondement reposerait sur une nation unie, solidaire et en paix. Toutefois, la persistance d’un environnement politique et économique fragile pourrait assombrir les perspectives positives reflétées par la croissance du PIB réel qui atteint environ 1,4% en 2018. Le classement Doing Business révèle que sur 190 pays, le Burundi était classé 168ème en 2018 contre 181ème en 2010, soit un gain de 13 places. Selon le classement sur la compétitivité dans le monde réalisé par le Forum économique mondial, le Burundi occupait la 136ème place en 2017 sur 140 économies, contre la 137ème place en 2010, soit un gain d’une place en 7 années. Le Burundi occupe la 185ème place (sur 187 pays) dans le classement relatif à l’indice du développement humain.

Vue d’ensemble du secteur financier

Le secteur financier burundais est peu développé, au regard des indicateurs de taille et de profondeur. Le crédit des banques au secteur privé est resté inférieur à 20% du PIB et a continuellement baissé depuis 2013 pour s’établir à 15,1% du PIB en 2016, bien en dessous de la moyenne subsaharienne (21,3%). Les actifs des banques ont évolué de façon erratique depuis 2010 pour s’établir à 22,3% du PIB en 2016. Quant aux actifs des institutions financières non bancaires, ils sont restés à un bas niveau (inférieur à 2% du PIB) entre 2010 et 2016. Le secteur bancaire constitue la principale composante du système financier et représente en moyenne sur les 5 dernières années 83,4% du total des actifs du système financier.

L’année 2017 a été marquée par la promulgation d’une loi (n°1/17 du 22 août 2017) régissant l’ensemble des activités bancaires et qui étend le champ de réglementation et de supervision incombant à la banque centrale. Cette loi comprend de nouvelles dispositions ciblant l’amélioration du cadre de surveillance de la stabilité financière, notamment le traitement prudentiel particulier des banques d’importance systémique. Elle délègue en outre à la banque centrale la responsabilité, initialement réservée au tribunal de commerce, de tout le processus de gestion des établissements en difficulté, notamment les questions de liquidation forcée, de recouvrement des dettes et de redressement. Ce nouveau cadre légal constitue une refonte majeure des cadres réglementaires existants pour tous les établissements assujettis, et tient compte des bonnes pratiques en matière de supervision prescrites par le Comité de Bâle. Une loi portant système national de paiement a été promulguée en 2018.

Secteur bancaire

Le taux de bancarisation s’est établi à 2,8 % à fin 2017 contre 2,7 % à fin 2016 (2,5% en 2015). En 2017, les trois plus grandes banques représentaient 63,6% du total des actifs du secteur bancaire (61,4 % en 2016), 60,7% des crédits (62% en 2016) et 68% des dépôts (68,4% en 2016). La densité bancaire, mesurée par le nombre d’habitants par point de service, s’établissait à environ 0,02‰ en 2017, soit 50 000 habitants par point de service. Les actifs des banques ont atteint 1 922,5 milliards de francs Burundais (BIF), soit 35,6% du PIB et ont, depuis 2010, évolué à un taux moyen annuel de 13%. Les banques privées locales détenaient 26,7% du total des actifs bancaires contre 43,3% pour les banques étrangères et 30% pour les banques publiques.

La situation économique difficile qu’a traversée le pays entre 2015 et 2016 s’est traduite par des taux de croissance négatifs, tant pour les crédits que les dépôts. Même si le niveau des dépôts semble repartir à la hausse à la faveur de la reprise économique amorcée en 2017, le niveau des crédits a continué de baisser, passant de 18,13% du PIB en 2015 à 14,78% en 2017.

Structure des crédits et dépôts du secteur bancaire - En valeur nominale, les crédits ont atteint 798,2 milliards BIF en 2017. Ils sont constitués à 59%, en moyenne, des crédits à court terme et à 41% des crédits à moyen et long terme. Les crédits bancaires sont octroyés majoritairement au secteur du commerce dont la part dans le total des crédits s’est établie à 42% en moyenne, entre 2010 et 2017. Les dépôts bancaires ont atteint  1 077,43 milliards BIF en 2017, soit plus du double de leur valeur nominale en 2010. Ils sont dominés par les dépôts à vue dont la part, en moyenne, dans le total des dépôts est de 63,3%. Les principaux déposants sont les ménages avec une part de 54,2% en moyenne, bien que la part de ces derniers dans le total des dépôts ait continuellement baissé entre 2010 et 2017.

Solidité financière du secteur bancaire - Le secteur bancaire demeure dans l’ensemble assez bien capitalisé, liquide et rentable. Entre 2013 et 2017, les ratios de solvabilité sont restés conformes aux exigences réglementaires. Le ratio de liquidité globale s’est quant à lui stabilisé autour de 64% en 2016 et 2017, supérieur au minimum réglementaire de 20%. Le ratio des prêts non performants est passé de 9,3% en 2013 à 17,9% en 2015. Cette dégradation de la qualité du crédit se justifierait en partie par des créances vis-à-vis de l’État et des difficultés de recouvrement de garanties auprès des emprunteurs privés, une situation exacerbée par la détérioration de l’activité économique consécutive à la crise politique de 2015. La relative amélioration de la qualité du crédit depuis 2016 fait suite à la radiation des créances compromises du bilan des banques. Le ratio des prêts non performants s’est en conséquence stabilisé en 2016 et 2017 (14,5% et 14,6% respectivement). Le taux de provisionnement des créances en souffrance est passé de 73,5% en 2015 à 88,2% en 2016. La baisse des provisions en 2017 (80%) est liée aux différentes mesures d’assouplissement mises en œuvre par la banque centrale en faveur du provisionnement de certaines créances. La rentabilité du secteur bancaire (ROE et ROA) est restée positive et tendanciellement à la hausse depuis 2014. A l’inverse, le ratio d’intermédiation est en baisse depuis 2014.

Politique des taux d’intérêt - Le taux de prêt marginal a évolué en baisse entre 2011 et 2018. De 14,34% en 2011, il s’est affiché à 5,42% en 2018. La démarche adoptée par la banque centrale visait l’allègement des conditions de refinancement des banques à travers la mise à disposition, à taux réduits, de liquidités nécessaires au financement de l’économie.

Inclusion financière   

L’inclusion financière demeure faible. Seulement 7,1% des adultes disposent d’un compte, une proportion nettement en-dessous de la moyenne de 34,2% en Afrique subsaharienne. Les chiffres sont encore plus faibles s’agissant des comptes mobiles (mobile money) (0,7% contre une moyenne de 11,5% pour l’Afrique) ou encore de l’utilisation de l’Internet pour des transactions (0,2% contre 2,4% en Afrique subsaharienne). Enfin, les femmes utiliseraient en général les services financiers moins que les hommes (6,7% en 2014) alors qu’elles constituent 51% de la population burundaise. Au nombre des contraintes entravant le développement de l’inclusion financière figurent, entre autres, les effets de la situation socio-économique ayant prévalu en 2015 mais aussi la précarité financière de certaines institutions de microfinance, vu leur importance dans l’accès aux services financiers par les populations exclues. La faible répartition des agences et guichets sur le territoire national constitue une autre entrave à l’inclusion financière.

Le secteur de la microfinance

En 2017, le secteur de la microfinance comprenait 35 Institutions de Microfinance (IMF) agréées dont 16 coopératives d’épargne et de crédit (première catégorie), 18 entreprises de microfinance (deuxième catégorie) et 1 programme de microcrédit (troisième catégorie). La relative importance du nombre d’agences et de points de service des IMF autorisées (de 265 en 2016 à 270 à 2017) a facilité l’accès aux services financiers par les populations exclues du circuit bancaire classique, notamment celles vivant en milieu rural. Les coopératives d’épargne et de crédit représentaient 85,9% des actifs du secteur en 2017. L’analyse de la solidité financière des IMF, entre 2015 et 2017, montre un ratio de solvabilité en baisse depuis 2015 mais au-dessus du minimum réglementaire de 5%, tandis que la liquidité est restée confortable. La rentabilité globale a continuellement progressé, bien que les effets de la crise de 2015 aient occasionné une dégradation de la qualité du portefeuille de crédit. 

Finance numérique

La finance numérique demeure peu développée au Burundi mais des efforts sont mis en œuvre afin d’en faire un véritable levier de croissance économique. La banque centrale a, dans le cadre de la règlementation et la supervision des services financiers numériques, édicté des textes règlementaires portant sur les services et activités des établissements de paiement et la fonction des agents commerciaux en opérations de banque. Au cours de l’année 2017, 2 Etablissements de Transferts Instantanés d’Argent (ETIA) ont été agréés par la Banque centrale dans le cadre de l’offre de services de transferts de fonds. 2 institutions de microfinance ont également noué un partenariat avec des compagnies de télécommunications pour offrir des services financiers numériques. Au 31 décembre 2015, sur 383 599 opérations de transfert de fonds répertoriées, 95,69 % étaient des opérations initiées à travers Western Union ; les 4 autres acteurs (RIA, Rapid Transfer et Moneygram) représentant seulement 4,31% du marché. Le nombre de guichets automatiques de billets (GAB) implantés dans tout le pays est passé de 96 à fin 2016 à 97 à fin 2017. Le nombre de cartes bancaires en circulation était de 93 697 en 2017 contre 60 796 en 2015, soit une progression de 54,12% en l’espace de 2 ans.

3 opérateurs de la téléphonie mobile offrent des services financiers mobiles. Le nombre d’abonnés aux services financiers mobiles fournis par ces 3 opérateurs de téléphonie mobile a progressivement augmenté, passant de 2,2 millions au 31 octobre 2016 à 2,4 millions au 31 décembre 2016, représentant un taux de pénétration de 23%. Bien que les services financiers numériques connaissent une croissance appréciable, le niveau élevé des coûts, les longues distances à parcourir pour accéder aux points de service et la faible réglementation du secteur constituent, entre autres, des entraves à l’inclusion financière.  

Assurance

Les sociétés d’assurance sont regroupées au sein d’une association professionnelle dénommée ASSUR (Association des Assureurs du Burundi), et le secteur est régulé par l’Agence de Régulation et de Contrôle des Assurances (ARCA). Un règlement encadrant les activités de coassurance a été émis en vue de contrôler la cession des primes aux réassureurs étrangers. Le taux de cession aux réassureurs étrangers a baissé de 7% en 2017. Le montant minimum du capital social est de 1 milliard BIF pour les compagnies d’assurance non-vie et de 500 millions BIF pour les compagnies d’assurance vie. Le Code des assurances exige en outre la séparation des activités d’assurance vie et non-vie, la première étant administrée selon un système de capitalisation alors que la seconde bénéficie d’une gestion par répartition. Certaines compagnies ont dû augmenter leur capital ou se scinder en 2 sociétés distinctes en vue de respecter les exigences du Code des assurances.

Le secteur a réalisé un chiffre d’affaire de 40 610 milliards BIF en 2017. Les taux de pénétration se sont établis à 0,48% et 0,27% respectivement pour l’assurance non-vie et vie, et 0,75% pour tout le secteur en 2017. Quant à la densité de l’assurance, elle s’est affichée à 3 533 BIF par habitant en 2017. L’assurance non-vie est dominée par la branche «véhicules terrestres à moteur» qui a représenté 26,3% des primes en 2017 alors que l’assurance vie est dominée par la catégorie «Epargne» représentant plus de 70% des primes. Entre 2013 et 2017, les assurances vie et non-vie ont respectivement représenté en moyenne 31,5% et 68,5% du total des primes émises. Ces dernières ont atteint 40,7 milliards BIF en 2017. Le secteur compte 16 sociétés de courtage agréées qui jouent un rôle important dans la production des entreprises d’assurances.

Le marché des capitaux

Le Burundi ne dispose pas encore de marché boursier. Le marché des titres négociables du Trésor (bons et obligations) est ouvert aux personnes physiques ou morales, résidentes ou non ; leurs activités devant être conformes à la loi sur le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme et au respect de la règlementation de change. Les bons du trésor ayant généralement une maturité de 13, 26 et 52 semaines sont émis pour une valeur nominale de 10 000 BIF par titre. Les obligations ayant des maturités de 2 à 5 ans et plus sont émises à la valeur nominale de 100 000 BIF par titre. L’encours de titres du Trésor (bons et obligations) a continuellement évolué depuis 2015, passant de 258,9 milliards en 2015 à 643,5 milliards en 2017. Le dépositaire central des titres (Central Securities Depository – CSD), logé à la banque centrale,  en assure la gestion. La part des titres publics détenus par les banques et les établissements financiers atteignait 77,9% en 2016, soit près de 433 milliards BIF. Les organismes de retraite et de prévoyance sociale et les compagnies d’assurance ne détenaient que 15% (soit 82,8 milliards BIF) et 7% (40,6 milliards BIF) respectivement des titres émis. Le classement annuel relatif à l’indice de développement du marché obligataire africain publié par l’Initiative des Marchés Financiers Africains (IMFA), place le Burundi à la 40ème place en 2016 et 2017 (sur 54 pays africains).

Le système de protection sociale

La protection sociale est majoritairement basée sur des programmes contributifs. La gestion de ces derniers incombe principalement à l’Institut national de sécurité sociale (INSS) et l’Office national des pensions et des risques professionnels (ONPR). Des programmes contributifs de couverture maladie sont gérés par La Mutuelle de la Fonction Publique (MFP). Les employeurs du secteur privé formel organisent eux-mêmes la prise en charge de leurs salariés. Des pensions complémentaires d’entreprises sont gérées par des assurances commerciales sous l’autorité de l`Agence de régulation et de contrôle des assurances (ARCA). La cotisation à la MFP est de 10% du salaire brut, répartie entre l’État (6%) et le salarié (4%). Au nombre des défis auxquels sont confrontés ces programmes figure, entre autres, la faiblesse du taux de couverture qui s’élève respectivement à 3%, 2% et 3,4% pour l’INSS, l’ONPR et la MFP. Ce taux de couverture bas s’explique à son tour par la capacité contributive limitée de la plupart des ménages, des frais administratifs élevés (25% des cotisations pour l’INSS et 38% du total des dépenses pour la MFP) et la faiblesse du taux de remboursement réel des soins, liée au fait que la base de tarification utilisée par les prestataires de soins pour la facturation étant obsolète. Les programmes non contributifs consistent en des transferts monétaires financés par des partenaires techniques et financiers des ONG dont le but est de renforcer la résilience des ménages extrêmement pauvres et marginalisés.

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Source

En bref

Population (2017): 10 864 250
PIB par habitant (USD courant) - 2017 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 292,01
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 7% (2014)
Crédit dédié à l'agriculture (Agriculture, foresterie et pêche) / Part de l'agriculture dans le PIB (2015): 0,08 | 0,09
Stratégies d'inclusion financière: Stratégie Nationale d’Inclusion Financière (SNIF) 2015-2020
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: 36,21
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): 4% (2014)
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: 0,0099
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 16% | 20 ans

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