Aperçu du secteur financier

Paysage économique

La structure de l’économie du Burkina-Faso est caractérisée par sa forte dépendance à l’agriculture et par ricochet aux aléas climatiques. L’agriculture emploie environ 80% de la population active et le coton contribue pour environ deux tiers aux recettes budgétaires de l’Etat. Le Burkina Faso est le premier producteur de coton d’Afrique avec une récolte estimée à 683 000 tonnes sur la campagne 2016-2017. Le pays présente une base industrielle faible, et dispose de peu de ressources naturelles. L’or et le zinc sont les 2 principaux produits d’exportation d’origine extractive. En 2016, l’économie Burkinabé a rebondi avec une croissance de 5,9% du PIB, après 2 années de ralentissement. Depuis l’arrivée d’un nouveau gouvernement en 2016, le pays bénéficie d’un environnement conjoncturel plutôt favorable qui facilite le redressement de l’économie malgré la fragilité de l’environnement sécuritaire depuis quelques années. Les perspectives pour 2017 et 2018 sont restées optimistes, autour d’une croissance économique de l’ordre de 6%, sous l’impulsion des performances du secteur tertiaire domestique dont les télécommunications et le secteur financier. Le Burkina Faso est classé 151ème sur 190 pays au Classement Doing Business 2019, alors que le pays occupait le 148ème rang en 2017.

Vue d’ensemble du secteur financier

Le système financier au Burkina Faso reste dominé par le secteur bancaire. Il comprend 13 banques commerciales, 3 établissements financiers à caractère bancaire, 16 compagnies d’assurance et de réassurance et 153 institutions agréées de microfinance. Ces institutions financières opèrent dans un cadre règlementaire harmonisé et organisé autour de plusieurs instances communautaires dont les plus importantes sont la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Commission Bancaire de l'UMOA, le Ministère de l'Economie et des Finances et la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA).

La supervision et le contrôle prudentiel du secteur bancaire sont assurés par la commission bancaire de l’UEMOA qui est chargée de l’octroi et du retrait d’agrément aux établissements de crédit (hormis les institutions de microfinance dont les agréments sont gérés par le ministère des Finances). Cette commission bancaire a aussi la charge de la prise de mesures administratives, disciplinaires et de sanctions à l’égard des établissements de crédit.

La direction nationale des assurances du Ministère de l'Economie et des Finances assure le contrôle du secteur de l’assurance et la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA) supervise les activités des compagnies d’assurance au niveau régional. Le rôle de la CIMA consiste à accompagner les autorités nationales dans la régulation du secteur des assurances, et à veiller au respect des règles prudentielles.

L’autorité des marchés financiers de l’UEMOA (AMF-UEMOA), anciennement connue sous la dénomination de Conseil Régional de l’Epargne publique et des Marchés Financiers (CREPMF), est le gendarme de la bourse régionale (BRVM) à laquelle appartient le Burkina Faso. 3 sociétés burkinabés – dont 2 banques et une entreprise de télécommunications – sont cotées à la BRVM en avril 2019, sur un total de 45 sociétés cotées sur la place boursière régionale.

Secteur bancaire

Le secteur bancaire est relativement concentré. Les 4 plus grandes banques détiennent en 2016 près de 65% de tous les actifs du secteur bancaire et financier sous contrôle de la BCEAO. L’ensemble du secteur, constitué de 13 banques, affiche un total bilan de 5 198,4 milliards de FCFA en 2017, en hausse de 17% par rapport à 2016.  

Structure des crédits et dépôts du secteur bancaire – Au 31 décembre 2017, les crédits octroyés par les banques burkinabé ont atteint 2 630,7 milliards de FCFA, soit une progression de 25,9% par rapport à 2015. Les crédits à court terme ont contribué à hauteur de 45,6% du portefeuille global de crédit des banques, alors que les crédits à moyen et long terme en ont respectivement représenté 48,4% et 6%. Historiquement privilégiée dans l’économie en raison de l’importance de la culture du coton, l’agriculture ne compte plus que pour 1,5% des crédits accordés par les banques Burkinabé en 2016 et seulement 15% des agriculteurs en milieu rural bénéficient de prêts. Pour pallier ce déficit structurel, le gouvernement du Burkina Faso a créé en 2019 une banque dédiée au financement de l’agriculture, dont le capital s’élève à 14,2 milliards de FCFA, soit 21,8 millions EUR. Les dépôts de la clientèle de l’ensemble des banques présentes au Burkina Faso représentaient un peu plus de 31% du PIB en 2016, et ont fortement progressé entre 2015 et 2017. Ils sont passés de 2 408,9 milliards de FCFA à 3 309,7 milliards de F CFA, soit une croissance de 37,4%.

Solidité financière du secteur bancaire – Auparavant source de vulnérabilité pour le secteur, la position du gouvernement dans le système bancaire semble avoir été stabilisée. Le taux net de dégradation du portefeuille de crédit s’est stabilisé autour de 3% entre 2015 et 2017, tandis que le taux de provisionnement des créances en souffrance s’élevait à 64,7% en 2017. Par ailleurs, la conformité des banques burkinabé aux normes prudentielles régionales s'est nettement améliorée. La rentabilité des actifs moyens a également nettement progressé tandis que les profits ont grimpé de 34% en 2016. Durant la même année, 12 banques avaient maintenu un ratio d'adéquation des fonds propres au moins équivalent au niveau minimum prudentiel et 9 répondaient aux exigences prudentielles de liquidité.

Taux d’intérêt – Le taux d’intérêt débiteur moyen au Burkina s’est établi à 7,25% en 2017, en léger repli comparé à 2016 (7,54%), mais à un niveau plutôt élevé par rapport à la moyenne de la zone qui se situe à 6,93% en 2017. Ce mouvement baissier est le résultat de l'assouplissement des conditions monétaires de la Banque centrale qui a réduit son taux directeur – taux de prêt marginal – à 3,50% en décembre 2016 alors qu’il s’élevait à 4,25% en 2010. Le taux d’intérêt créditeur moyen appliqué sur les dépôts à terme au Burkina Faso a atteint 5,67% en 2017 contre 5,4% en 2016, soit une hausse de 0,27% en une année. Au niveau régional, ce taux s’est respectivement élevé à 5,37% et 5,28% en 2016 et 2017.

Inclusion financière

Malgré les récents progrès enregistrés, des difficultés d’accès aux services financiers subsistent dans le pays. Environ 39% des adultes burkinabés sont exclus du système financier en 2017 et seulement 15% environ de ces adultes possède un compte bancaire. Parmi ceux-ci, une proportion beaucoup plus réduite effectue des transactions bancaires classiques telles que l’épargne ou l’emprunt. Environ 1 burkinabé sur 2 ne dispose pas d’un produit d’épargne. Le pays occupe la 13e place sur 21 pays dans le rapport Finscope de 2016 qui mesure le niveau d’inclusion financière des pays d’Afrique subsaharienne. Ces faibles taux s’expliquent en partie par l’existence d’obstacles structurels tels que la faiblesse des revenus, le coût des services, l’éloignement du point de service et les obligations documentaires. De plus, les femmes sont moins susceptibles que les hommes de détenir un compte bancaire, et les différences d'accès fondées sur l'éducation ou le revenu sont beaucoup plus grandes. En raison du faible accès au crédit bancaire formel, l'utilisation d'arrangements informels tels qu’emprunter auprès des membres de la famille et des amis reste prédominante. 21% des adultes interrogés dans le cadre de l’enquête Finscope utilisent seulement des mécanismes informels. De même, l'utilisation active des services bancaires mobiles reste plutôt faible, malgré le nombre élevé d'abonnés à la téléphonie mobile estimé en 2015 à plus de 12 millions (sur une population de 19 millions d’habitants).

Les autorités régionales et nationales ont engagé des mesures visant à améliorer l'inclusion financière, dont: l’adoption par le Conseil des ministres de l'UEMOA d’une stratégie régionale d'inclusion financière s’étalant sur la période 2016-2020; et l’élaboration d’une stratégie nationale d'inclusion financière, avec l’assistance du Fonds d’équipement des Nations Unies (FENU/UNCDF).

Par ailleurs et au regard de la modicité des revenus de la grande partie de la population, les recommandations faites par les institutions de développement portent également sur la création d’un cadre propice à la réduction ou à l’élimination des frais de tenue de compte afin d’approfondir la couverture bancaire.

Le secteur de la microfinance

Les activités de microfinance, notamment celles de collecte d’épargne et d’octroi de crédits, sont soumises à une autorisation préalable du ministère de l’économie et des finances du Burkina Faso. La supervision du secteur est assurée par la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP) à travers son département en charge de la microfinance. Les institutions de microfinance sont organisées autour d’une association professionnelle dénommée, Association Professionnelle des Institutions de Microfinance du Burkina Faso (APIM-BF). Le pays comptait 153 Institutions de Microfinance (IMF) en 2014, dont 7 réseaux (coopératives, mutuelles de crédit, caisses communautaires) comptant pour un peu plus de la moitié de l’effectif des IMF. Les IMF servent majoritairement les populations en milieu rural et financent les besoins des fermiers et petits paysans. En 2015, le taux d’accès à la microfinance était de 18,08% contre 17,20% en 2014.

Entre 2016 et 2017, l’épargne collectée est passée de 192,6 milliards de FCFA à 198 milliards de FCFA. La Faitière des caisses populaires (FCPB) concentre à elle seule 70% des dépôts, contre 30% pour le reste des IMF, et 64% des membres/clients. Sur la même période, le nombre de clients directs ou sociétaires a connu une hausse de 10%, et l’encours des crédits a atteint 160 milliards de FCFA. Les crédits en souffrance, bien qu’en légère baisse de 1% en 2017, demeurent importants.

L’assainissement du secteur de la microfinance se poursuit. En 2015, les actifs d’une caisse ont été liquidés et l’autorité de régulation a retiré l’agrément à une institution. Le réseau de la FCPB contribue globalement à améliorer les indicateurs du secteur. Bien que vieux d’une quarantaine d’années, le secteur de la microfinance au Burkina Faso peine toujours à assurer sa viabilité.

Finance numérique

Un peu plus de 3 millions d’adultes détiennent un compte de mobile money, témoignant ainsi du potentiel de croissance important pour les services financiers mobiles dans le pays. Des agents jouant le rôle d’intermédiaires entre les opérateurs de téléphonie mobile (mobile money) et les populations se sont progressivement installés à travers le pays, y compris dans les zones rurales ; rendant ainsi l’accès aux services financiers mobiles aisé. Les coûts de transaction (maximum 2% du montant du capital) sont compétitifs, comparés à ceux pratiqués par les établissements financiers conventionnels.

Secteur de l’assurance

Le taux de pénétration de l’assurance au Burkina Faso demeure faible (1,55% en 2016 contre 1,43% en 2015). Cependant, le secteur est en nette croissance depuis quelques années, porté principalement par la branche non-vie qui représente plus de deux tiers du marché. En 2016, le secteur a réalisé un chiffre d’affaires de 66 milliards de FCFA, en hausse de 14% par rapport à 2015. Le leader du secteur détient à lui seul plus 27% de parts de marché du segment non-vie et environ le tiers du segment vie.

L’Association Professionnelle des Sociétés d’Assurances du Burkina (APSAB) regroupe les acteurs du secteur. Elle compte 17 membres dont 8 sociétés d’assurances non-vie, 8 sociétés d’assurance vie et une société de réassurance.

Marché de capitaux

Le Burkina Faso est membre de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), dont le siège est établi à Abidjan (Côte d’Ivoire). En décembre 2016, la capitalisation du marché boursier régional était supérieure au PIB du Burkina Faso, et 3 firmes locales étaient cotées à la BRVM en 2018. Le marché domestique des instruments à taux fixe est intégré avec ceux des autres membres de l’UEMOA. La banque centrale, les gouvernements et les banques régionales émettent des obligations et des bons du Trésor pour financer les dépenses publiques afin de réduire le volume de prêts contractés auprès de la Banque centrale, bien que la BCEAO reste l'entité d’émission la plus importante dans la région.

Les marchés des instruments régionaux et nationaux à taux fixe sont toujours embryonnaires. L'émission par les entités institutionnelles demeure restreinte. Les investisseurs peuvent directement accéder aux marchés primaires, et les divers courtiers et revendeurs fournissent un accès indirect, alors que les investisseurs étrangers participent au marché par l’entremise des banques locales. Les banques commerciales dominent toujours la base des investisseurs en tant qu'acheteurs des bons du Trésor et des obligations. L'accès aux marchés secondaires dans la région de l‘UEMOA reste toujours restreint. Toutes les opérations s’effectuent par les intermédiaires agréés par l’autorité de régulation (AMF-UEMOA), alors que la plupart des investisseurs adoptent une approche de « buy-and-hold » ; ce qui a tendance à limiter le dynamisme du marché financier.

Système de prévoyance sociale

Le régime de retraite au Burkina Faso est fondé sur le système de la répartition. Les prestations de sécurité sociale sont assurées par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) qui gère 3 branches de prestations dont le régime de retraite des travailleurs relevant du code du travail (secteur privé essentiellement), et la Caisse autonome de retraite des fonctionnaires (CARFO) qui couvre le personnel de la fonction publique et leur offre des prestations de vieillesse, d’invalidité et de décès.

Ces institutions de prévoyance sociales sont confrontées à un problème structurel de rupture de l’équilibre entre les contributions des actifs et les indemnités versées aux retraités, et à un faible taux de redistribution. L’assurance volontaire mise en place en 2006 à travers la loi portant régime de sécurité sociale applicable aux travailleurs salariés et assimilés n’a malheureusement pas suscité l’engouement attendu. Sur une prévision de 45 000 assurés volontaires par an, la CNSS ne compte que 9 712 assurés volontaires depuis 2006, avec un taux de couverture estimé à 5,2%.

Le gouvernement a organisé en 2017 un forum national sur la retraite pour engager une réflexion sur l’avenir des systèmes de retraite gérés par la CNSS et la CARFO. Les réformes attendues pourraient inclure un système par capitalisation capable d’assurer la stabilité du régime des retraites. Le Burkina Faso fait partie de la zone CIPRES (Conférence Interafricaine de la Prévoyance Sociale), qui est un organisme de contrôle et d’appui technique aux Caisses Africaines de Sécurité Sociale, regroupant 15 pays essentiellement d’Afrique francophone (hormis la Guinée équatoriale).

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Source

En bref

Population (2017): 19 193 380
PIB par habitant (USD courant) - 2017 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 642,04
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 14% | 43%
Crédit dédié à l'agriculture (Agriculture, foresterie et pêche) / Part de l'agriculture dans le PIB (2015): 0,06 (2015)
Stratégies d'inclusion financière: • Stratégie nationale de la finance inclusive au Burkina Faso (in process)• La Stratégie régionale d’inclusion financière dans l’UEMOA (published 2016)
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: 34,07
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): 8% | 39%
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: 0,0339
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 6% | 15 ans

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