Aperçu du secteur financier

Paysage économique

Le choix historique du modèle de croissance en Algérie reposait sur une économie planifiée, dominée par une forte présence du secteur public, et dépendant essentiellement des hydrocarbures. Ce secteur représente plus de 95% des recettes d’exportations et 60% du budget de l’État algérien. La redistribution par l’État des recettes issues des ressources énergétiques a permis, à la faveur de l’augmentation soutenue des cours du pétrole, de construire des infrastructures économiques de base et d’entamer l’industrialisation de ce pays. La croissance moyenne du PIB réel s’est affichée à 3,14% entre 2010 et 2017, contre 3,38% pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MOAN) sur la même période. La chute des cours internationaux du pétrole dès la seconde moitié de l’année 2014 a exacerbé le déficit budgétaire et causé l’épuisement du Fonds de régulation. Cette chute des cours pétroliers impose aujourd’hui une diversification accélérée de l’économie algérienne, mais a réduit de façon drastique les moyens financiers nécessaires à cette transformation. Le Nouveau modèle de croissance économique (NMCE) 2016-2030 lancé par les autorités vise la transformation structurelle et la diversification de l’économie, l’objectif principal étant la réduction de la dépendance aux hydrocarbures. Selon l’édition 2019 du rapport Doing Business, l’Algérie a enregistré une dégradation du climat des affaires et est passée de la 136ème place en 2010 à la 157ème place en 2018 (sur 190 pays), soit un une perte de 21 places en 8 ans. Les performances sont aussi peu satisfaisantes au niveau du classement sur la compétitivité dans le monde réalisé par le Forum économique mondial. L’Algérie se classe 92ème en 2017 (sur 140 économies), soit une perte de 6 places depuis 2010.

Vue d’ensemble du secteur financier

Dominé par le secteur bancaire, le secteur financier algérien est peu développé mais en mutation rapide. En 2017, le système financier comprenait 29 banques et établissements financiers agréés qui se répartissent comme suit: 6 banques publiques dont une caisse d'épargne, 14 banques privées à capitaux étrangers dont 1 à capitaux mixtes, 3 établissements financiers dont 2 publics, 5 sociétés de leasing dont 3 publiques, et 1 mutuelle d'assurance agricole. Le nombre d’agences s’élevait à 1604 dont 1145 agences de banques publiques, 364 agences de banques privées et 95 agences d’établissements financiers. Le système financier non bancaire comprenait 24 compagnies d’assurance. Le secteur de la téléphonie mobile compte 3 opérateurs (ATM, OTA et WTA) qui exercent dans le cadre de licences d’exploitation GSM, 3G et 4G. L’envoi des fonds des migrants avait, tout comme en 2016, atteint plus de 2 milliards USD.

Plusieurs réformes financières ont récemment été menées : Les niveaux des ratios de solvabilité rapportés aux fonds propres réglementaires et aux fonds propres de base ont été revus en 2015, le premier ratio étant fixé à 9,5 % et le second à 7 % (tous deux des minima règlementaires). La réglementation précédente prévoyait un seul ratio, le ratio de fonds propres réglementaires, fixé à 8 %. Le processus de généralisation du système de notation bancaire (SYNOBA) est en cours d’exécution. La Banque centrale a, en septembre 2016, mis en place le cadre des opérations d’open market et le guichet de prêt marginal pour pallier les difficultés liées à la liquidité. Le taux de réserves obligatoires des banques est passé de 4 à 8 % en janvier 2018, puis à 12% en février 2019. En novembre 2018, le capital minimum des banques et établissements financiers exerçant en Algérie a été multiplié par 2, et a ainsi été porté à 20 milliards de dinars algériens (DZD) pour les banques et à 6,5 milliards DZD pour les établissements financiers. Les banques et établissements financiers étant tenus de se conformer aux dispositions de cette nouvelle règlementation au plus tard le 31 décembre 2020. Dans le cadre de la mise en conformité de la supervision bancaire aux dispositions de Bâle III, un nouveau modèle de stress test a été mis en place. Une centrale des risques (entreprises et ménages) est également en activité depuis le 15 septembre 2015. 06 banques publiques prévoyaient lancer en 2018 des produits conformes à ceux de la finance islamique qui est à ses débuts.

Secteur bancaire

Structure du marché bancaire – Les actifs des banques avaient historiquement été maintenus à un niveau supérieur à 60% du PIB, et sont depuis 2015 à un niveau supérieur à 70% du PIB (74,4% en 2017). La structure du secteur bancaire algérien est caractérisée par la prédominance des banques publiques dont les actifs représentaient 85,6% en 2017 (86,8 % en 2016) du total du secteur. Celles-ci disposent également du plus vaste réseau d’agences dans le pays. Le ratio population active/guichets bancaires était de 7 667 en 2017. Les centres des chèques postaux disposent d’un réseau d’agences beaucoup plus dense, répartis sur l’ensemble du territoire national, et qui comptait 3 826 guichets en 2017.

Structure des crédits et dépôts du secteur bancaire – Les crédits et dépôts bancaires sont dominés par la part des banques publiques qui est restée supérieure à 85% depuis 2010. Les crédits au secteur privé ont atteint 4 566,1 milliards DZD en 2017, soit 24,2% du PIB. Ils sont dominés par les crédits à moyen et long terme (70% en moyenne), eux-mêmes octroyés à plus de 90% par les banques publiques. Les dépôts se sont établis à 10 232 milliards DZD en 2017. Les dépôts à vue et à terme ont respectivement représenté 46% et 45% (en moyenne) de l’ensemble des ressources collectées par les banques.

Solidité financière du secteur bancaire Le secteur bancaire est suffisamment capitalisé. Le ratio de solvabilité globale et le ratio de solvabilité de base sont conformes aux normes minimales règlementaires. La liquidité bancaire a continuellement diminué mais reste suffisante pour couvrir environ la moitié des passifs à court terme des banques. Les prêts improductifs sont globalement restés sous contrôle. Les banques demeurent rentables malgré le recul du taux de rentabilité des fonds propres des banques publiques. Les banques ont affiché un rendement sur actifs relativement stable, d’environ 1,9% en moyenne sur la période 2010-2017.

Taux d’intérêt créditeurs et débiteurs - Les taux moyens créditeur et débiteur sont restés stables entre 2010 et 2017, respectivement à 1,75% et 8%, occasionnant un spread d’intérêt constant de 6,25%. En 2016, le taux de réescompte a été revu à la baisse d'un demi-point de pourcentage à 3,5%, contre 4% précédemment. Cette baisse s’explique par l’engagement pris par la Banque centrale de promouvoir davantage le financement de l’investissement, conjugué à la prudence requise dans un contexte de risque latent impulsé par les pressions inflationnistes. Le taux de réescompte est depuis mai 2017 remonté à 3,75%.

Inclusion financière   

L’inclusion financière en Algérie n’a pas connu de réels progrès entre 2014 et 2017. La proportion de la population adulte possédant un compte (tout type de compte) a diminué de 15,2% pour atteindre 42,8% en 2017, bien en dessous de la moyenne du MOAN (43,5%). Plusieurs facteurs auraient contribué à cette faible performance dont, entre autres, la marginalisation des groupes vulnérables en matière de promotion d’accès aux services financiers, notamment les femmes.  Selon la Banque mondiale, pour accéder aux services financiers formels, les femmes, qui ont 2 fois moins de chances que les hommes de posséder un compte bancaire, se heurtent à des barrières structurelles (y compris des restrictions juridiques) et des difficultés commerciales (produits inadaptés ou circuits de distribution inaccessibles).

Secteur de la microfinance

La microfinance classique est quasiment absente en Algérie. Les institutions existantes sont des entités publiques subventionnées par le gouvernement et visant les microentreprises, les jeunes travailleurs indépendants et les adultes sans emploi. Il existe également des organisations de la société civile opérant dans le domaine de l’économie sociale.

Finance numérique

La finance numérique est à un bas niveau de développement. Des services financiers numériques par Internet et par téléphone mobile sont proposés par les principales banques commerciales algériennes, mais leur utilisation reste faible. La proportion des adultes ayant fait ou reçu un paiement numérique l’année précédente est passée de 25,4% en 2014 à 26% en 2017, mais elle reste inférieure à la moyenne dans le MOAN (33,3%). Par contre, l’utilisation de l’Internet pour des transactions en ligne a baissé de 19,2% pour s’établir à 4,6% en 2017, nettement inférieure à la moyenne dans la région du MOAN.

Transferts de fonds des migrants

Les envois de fonds des migrants demeurent à un bas niveau (1,2% du PIB en 2017). Ils sont essentiellement effectués par des entités institutionnelles et incluent le rapatriement des pensions de retraite et autres flux financiers liés aux salaires. En valeur nominale, ils avoisinent 2 milliards USD. L’Algérie est le 4ème pays d’Afrique récipiendaire d’envois de fonds en 2017. Bien que l’ambition des autorités algériennes soit de convertir les envois de fonds en investissements de la diaspora et d’intégrer les compétences algériennes à l'étranger dans le processus de développement local, il n’existerait aucun cadre légal formel en la matière.

Financement des PME

Les pouvoirs publics jouent un rôle très important dans le financement des Petites et Moyennes Entreprises (PME) en Algérie à travers différentes mesures portant essentiellement sur des fonds de garantie partielle et la bonification des taux d’intérêt des prêts octroyés par les banques aux PME. Ces 6mesures concernent généralement la création et l’extension d’activités et varient selon les divisions territoriales (wilayas). Les institutions et mesures d’appui au financement des PME existent également. Malgré les efforts des pouvoirs publics, l’accès au crédit bancaire pour les PME demeure limité et les sources alternatives de financement restent encore marginales. En l’occurrence, le marché des capitaux est encore à un stade de développement embryonnaire. Des efforts sont donc nécessaires pour diversifier les sources de financement, notamment par une mobilisation plus importante de l’épargne privée et l’élaboration d’instruments financiers répondant aux besoins spécifiques des PME.

Au 31 décembre 2017, l’Algérie comptait 1,1 millions de PME qui employaient 2,7 millions de personnes.

Secteur des assurances

Le marché des assurances est peu développé mais les perspectives de croissance sont prometteuses. En 2016, le taux de pénétration de l’assurance était de 0,76% et la densité se chiffrait à 3 137 DZD par habitant. Le secteur est dominé par la branche « automobile » représentant 49% de la production du marché. Les sociétés publiques au nombre de 10, détiennent la plus grande part de la production (60%) et l’encours des placements financiers des sociétés d’assurances s’élevait à 231 milliards DZD en 2017. Cet encours est structurellement dominé par les valeurs d’État qui n’ont toutefois atteint leur niveau réglementaire (50% au minimum) qu’en 2016. Les marges de solvabilité des compagnies d’assurance par rapport aux provisions techniques et aux primes sont restées supérieures aux minima réglementaires (15% et 20% respectivement). Les engagements des sociétés d’assurance dédiés aux provisions techniques et réglementées, doivent être représentés par des actifs équivalents, tant financiers qu’immobiliers. Entre 2010 et 2017, ce taux de représentation est resté supérieur au minimum règlementaire (100%).

Marché des capitaux

Le marché boursier algérien est naissant et sa capacité à financer l’économie reste encore faible. La capitalisation boursière, en fin 2016, était de 45,78 milliards DZD, soit moins de 1% du PIB. Trois (3) introductions en bourses ont été effectuées entre 2010 et 2017, et n’ont mobilisé que 89 millions USD. Certaines restrictions, notamment la règle 49/51 qui limite les investisseurs étrangers à une participation minoritaire (49%) dans des sociétés algériennes, constituent des entraves au développement et au dynamisme du marché boursier. Dans le cadre des processus de privatisation, la loi de finances de 2016 autorise la vente de jusqu'à 66% des parts d'une entreprise publique. Cette cession peut être totale au bout de cinq ans, sous réserve de l'approbation du gouvernement. Le classement annuel relatif à l’indice de développement du marché obligataire africain et publié par l’Initiative des Marchés Financiers Africains (AFMI), place l’Algérie au 11ème rang en 2017 (10ème en 2016).

Système de protection sociale

Le système de retraite est un système par répartition soutenu par plusieurs fonds, dont la Caisse nationale des Retraites (CNR) présentant un déficit estimé à 3,2% du PIB en 2016. Le taux de pension théorique varie entre 37,5% et 80%, tant pour les salariés du public que du privé. Suite aux difficultés financières de certaines entreprises, la CNR a récemment été confrontée à des tensions financières et budgétaires. En raison de l’importance du stock d’impayés, les contributions versées par la caisse ne couvrent plus les engagements.

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Source

En bref

Population (2017): 41 318 140
PIB par habitant (USD courant) - 2017 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 4 055,25
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 50% | 43%
Crédit dédié à l'agriculture (Agriculture, foresterie et pêche) / Part de l'agriculture dans le PIB (2015): n/a
Stratégies d'inclusion financière: n/a
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: 67,92
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): 25% | 26%
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: 0,0119
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 5.75% | 20 ans

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