Financement de l’agriculture

Source

Les micro - ou petites exploitations agricoles constituent la principale source de revenu de plus d’un demi-milliard d’Africains, soit 65 à 70 pour cent de la population (plus de 80 pour cent dans certains pays). Le secteur agricole représente 20 à 40 pour cent du Produit Intérieur Brut (PIB) du continent et il devrait atteindre 1000 milliards d’USD d’ici 2030. Pourtant, moins de 3 % des crédits bancaires lui sont alloués. La productivité de l’agriculture africaine est l’une des plus faibles au monde. Selon la Banque mondiale, il faudrait investir 80 milliards d’USD par an pour satisfaire la demande alimentaire de l’Afrique. L’accès aux services financiers appropriés est donc une condition indispensable pour réaliser le potentiel de l’agriculture africaine.

Défis

Les défis du développement agricole sont multiples et complexes. Les risques systémiques sont élevés : environnement (sécheresse, inondation et maladies), marchés (volatilité des prix, politique commerciale et pratiques commerciales affectant les exportations et l’accès au marché).

Le financement est l’un des principaux obstacles à la croissance du secteur agricole, en particulier les petites exploitations. Les taux d’intérêt sont particulièrement élevés, atteignant jusqu’à 47 %. L’absence de caution solidaire des agriculteurs ou des entreprises ainsi que les difficultés rencontrées par les banques pour évaluer le risque des prêts consentis aux petits exploitants constituent également des freins au développement du secteur. L’absence d’infrastructures rurales adéquates, le manque d’accès à toute la palette d’intrants nécessaires aux agriculteurs, le manque de connaissances (notamment la littératie financière) et l’absence de données fiables sont d’autres obstacles importants.

À titre de comparaison, la contribution du secteur agricole au PIB sur le continent atteint 20 à 40 %, alors que le pourcentage de prêts alloués à l’agriculture par les banques commerciales ne s’élève qu’à 3 % au Ghana et au Kenya, 4 % en Ouganda, 8 % au Mozambique, jusqu’à 12 % en Tanzanie. En moyenne, seuls 5 % environ des ressources nationales sont allouées au secteur agricole. Le risque de prêt perçu comme élevé et les rendements modestes, ainsi que les coûts d’extension des infrastructures bancaires traditionnelles dans les zones rurales, ont découragé en partie de nombreux prestataires de services financiers. Le sous-groupe sur le financement des PME du Partenariat mondial pour l’inclusion financière (GPFI) du G-20 a rapporté que ni les banques commerciales ni le secteur émergent de la microfinance n’étaient disposés ou en mesure de répondre de manière satisfaisante aux besoins financiers tout le long des chaines de valeur agricoles, si bien que les agriculteurs et les PME agricoles sont le « chainon manquant » non desservi.

Agri Finance

Figure 1 : Pourcentage des banques commerciales qui consentent des prêts à l’agriculture par rapport au PIB

Opportunités

Malgré ces défis, la finance agricole peut devenir commercialement viable. Le financement de la chaine de valeur sert généralement de mécanisme pour atténuer les risques du financement à court terme. Son efficacité est optimale lorsque la demande du marché final est forte, que la transparence et la confiance existent, et que les transactions entre les entreprises sont fortes et répétées. En pratique, il est important de comprendre comment la gouvernance, les relations et les liens de la chaine de valeur sont structurés pour répondre aux opportunités du marché, car ce sont ces facteurs qui déterminent la viabilité d’un dispositif financier.

De nombreux modes innovants de financement peuvent stimuler la croissance dans le secteur agricole. Plusieurs sont déjà en cours d’implémentation. À titre d’exemple, les initiatives comme les dispositifs de garantie de crédit et de partage des risques de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) avec Equity Bank et Standard Bank en Afrique du Sud ont multiplié par dix leurs engagements d’investir des fonds de capital-risque privés dans des prêts privés aux agriculteurs. Citons parmi les autres modes innovants de financement qui attirent l’attention les outils de gestion des risques comme les assurances fondées sur des indices météorologiques qui aident les agriculteurs à atténuer les risques climatiques, les produits de garantie ou similaires comme les programmes de récépissé d’entreposage qui suppriment l’obligation de caution solidaire, et les partenariats privés comme les programmes d’aide aux petits planteurs (ou agriculture contractuelle) équitables qui lient l’industrie agroalimentaire et les agriculteurs, permettant aux banques de financer les intrants agricoles augmentant la productivité.

Certains pays ont aussi mis en place des programmes de garantie de crédit agricole (par ex. : Ghana, Nigeria et Ouganda) hébergés par leur banque centrale. Les résultats de ces programmes sont néanmoins mitigés. Par exemple, le système de partage des risques fondé sur des incitations pour les prêts au secteur agricole au Nigeria  a utilisé son capital d’amorçage de 500 millions d’USD à travers cinq piliers (dispositif de partage des risques, dispositif d’assurance, dispositif

d’assistance technique, notation des banques et incitations des banques). L’idée consiste à « dé-risquer » le financement des chaines de valeur agricoles, développer les capacités à long terme, et institutionnaliser les prêts au secteur agricole. Il vise à accroitre le pourcentage de la totalité des prêts bancaires consentis au secteur agricole de 1,4 % à 7 % au Nigeria. Cette initiative a suscité l’intérêt d’autres pays comme le Ghana, le Liberia, le Rwanda et l’Ouganda pour l’introduction de Dispositifs de Partage des Risques (DPR).

L’assurance agricole est très utilisée dans les marchés développés et émergents pour « dé-risquer » les chaines de valeur et stimuler les prêts au secteur agricole tout en protégeant les agriculteurs. Cependant, seul un infime pourcentage de petits exploitants agricoles (environ 2 millions) est assuré en Afrique. Une pratique croissante consiste à intégrer l’assurance agricole à d’autres produits et services fournis aux petits exploitants agricoles, au moyen d’agrégateurs. Le crédit-bail (leasing) agricole est une autre option pour étendre l’accès à la finance, ne nécessitant pas de caution solidaire, permettant d’accroitre la mécanisation de l’agriculture en Afrique.

Bien que l’accès aux services financiers soit une contrainte fréquente rencontrée par tous les segments des chaines de valeur agricoles, le préfinancement de l’achat de la récolte à l’échelon de l’exploitation est peut-être la lacune la plus importante, comme l’illustre le faible usage des intrants et des équipements agricoles en Afrique. L’amélioration de l’accès au préfinancement de l’achat de la récolte est essentielle pour permettre aux agriculteurs d’utiliser des intrants et des équipements de qualité plus rapidement et à plus grande échelle. Les Recettes des Cultures (RC) sont un mode innovant de financement élaboré au Brésil durant les années 1990 et en cours d’implémentation en Zambie et en Ouganda. Il permet aux petits exploitants agricoles de réunir les fonds nécessaires sur le marché pour financer leur production agricole. Il facilite également l’entrée de nouveaux financiers, y compris le marché financier.

Recommandations politiques

Un environnement propice (une réglementation intelligente, des politiques ciblées et efficaces de finance agricole et une infrastructure financière bien établie) est essentiel au développement de la finance agricole. Il est possible d’y parvenir par la fourniture de garanties, des programmes de renforcement des capacités pour accroitre la connaissance du financement de la chaine de valeur, et la promotion de partenariats entre des institutions qui proposent d’autres produits, notamment l’assurance. En 2011, le Secrétariat de MFW4A a mis en place une équipe spéciale composée de parties prenantes africaines afin d’identifier les politiques et les pratiques de finance agricole pour soutenir les investissements dans l’agriculture africaine. Ces recommandations politiques ont donné lieu à l’adoption des principes de Kampala en juin 2011 qui comprennent, outre les pratiques prometteuses et les enseignements tirés de diverses expériences, ce qui suit :

  • Éviter les interventions directes comme les plafonds des taux d’intérêt, les prêts dirigés, les prêts subventionnés aux emprunteurs et les quotas de prêts sur les banques ;

  • Fournir des subventions « intelligentes » ou « en harmonie avec le marché » aux prestataires de services financiers ainsi qu’aux institutions qui sont essentielles pour faciliter les flux de financement au secteur agricole (par ex. : organismes d’information sur le crédit, régimes d’assurance, prestataires de formation et de services techniques, associations de producteurs, systèmes d’information sur les marchés et les données, etc.) ;

  • Appuyer le développement des prestataires de services financiers ruraux, comme les coopératives de crédit (coopératives d’épargne et de crédit – SACCO), qui sont souvent mieux équipés pour drainer et lier l’épargne des communautés locales ;
  • Fournir aux banques et aux autres établissements de prêt privés des dispositifs de garantie partielle de crédit et de partage des risques, en combinaison avec une assistance technique ;

  • Engager une réforme des banques publiques de développement agricole existantes visant à introduire la gestion libre et les décisions de prêt sans ingérence politique ;

  • Le financement numérique a le potentiel de développer les services financiers dans le secteur agricole ; les cadres réglementaires doivent néanmoins appuyer l’innovation permanente des initiatives numériques, tout en gérant en même temps les risques potentiels pour protéger les consommateurs.

  • Investir dans les infrastructures physiques sous-tendant le marché plus large de la finance agricole, soit directement (stations météorologiques pour l’assurance, systèmes d’irrigation et entrepôts), ou indirectement (routes, chemins de fer, transport, télécommunications et alimentation électrique), en particulier dans les zones rurales. Les informations essentielles comprennent les données climatiques pour l’assurance agricole et les informations sur les transactions commerciales entre les producteurs et les acheteurs pour le financement de la chaine de valeur ;

  • Améliorer la coordination politique entre les différents ministères et organismes publics (ministères des Finances, ministère de l’Économie, ministère de l’Agriculture, Banque centrale, etc.) impliqués dans les politiques de finance agricole est impératif pour stimuler le processus de changement.

  • Enfin, créer un organe spécifique de coordination de haut niveau et reconnaitre une entité unique comme promoteur de la finance agricole peut aussi avoir un impact positif.

 Nos activités

Les travaux du MFW4A en vue de développer la finance agricole sont alignés sur le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (CAADP), un programme de l’Union africaine (UA), et le Nouveau Partenariat Économique pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) qui vise à aider les pays africains à parvenir à une croissance économique plus forte grâce à un développement axé sur l’agriculture. Nous appuyons les efforts visant à développer et implémenter des solutions de gestion du risque dans le secteur agricole, dans le but d’améliorer l’accès à la finance et de gérer les risques émergents, particulièrement le changement climatique.

Gestion du savoir et recherche

Webinaires, notes de synthèse et études de cas

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Note de politique sur "la finance agricole en Afrique." MFW4A & GIZ.

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 "Le crédit-bail agricole : étendre l’accès des petits exploitants au financement," organisé conjointement avec FSDA et Nathan Associates."

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Accroitre l’accès aux assurances fondées sur des indices météorologiques : une nouvelle approche marketing au Burkina Faso" organisé conjointement avec Innovations for Poverty Action [IPA], Planet Guarantee, Université du Kent, Université d’État de l’Oklahoma.

Réseautage et plaidoyer

Conférences de haut niveau et tables rondes

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En 2011, MFW4A a mis en place une équipe spéciale composée de parties prenantes africaines afin d’identifier les politiques et les pratiques de finance agricole pour soutenir les investissements dans l’agriculture africaine. Ces recommandations politiques ont donné lieu à l’adoption des "Principes de Kampala" en juin 2011. Il existe 11 principes politiques directeurs suggérant les actions les plus urgentes pour favoriser la fourniture de services financiers au secteur agricole en Afrique dans le contexte du CAADP.

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Atelier : « Gérer les risques climatiques dans le secteur agricole africain par l’assurance » au 5ème Congrès sur la finance rurale et agricole (23 novembre 2016).

Project Support and Capacity Building

Trainings and Marketplaces

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Partenaires stratégiques

Nous sommes une initiative fondée par plusieurs bailleurs de fonds, œuvrant dans un esprit de partenariat et de collaboration. Nous travaillons avec une grande variété d’institutions locales, régionales et internationales, publiques et privées, afin de réaliser notre mission de développer les systèmes financiers africains. Voici un résumé des institutions avec lesquelles nous travaillons pour soutenir le développement du financement de l’Agriculture en Afrique.