Webinaire Secteur Bancaire Afrique Ouest Centre MFW4A

Rapport de webinaire: Tendances récentes du secteur bancaire en Afrique de l'Ouest et du Centre

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1. Introduction

Le secrétariat de Making Finance Work for Africa, la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et BMCE Bank Of Africa ont organisé le 11 juillet 2019, un webinaire sur les Tendances récentes du secteur bancaire en Afrique de l’Ouest et du Centre . Ce webinaire était la troisième édition d’une série de webinaires destinés à soutenir la dissémination du rapport de la BEI sur le secteur bancaire africain intitulé « Le Secteur Bancaire en Afrique: De l’Inclusion Financière à la Stabilité Financière ». Les panélistes au nombre de 3 représentaient les deux institutions ayant contribué à la rédaction du chapitre objet du webinaire : 

  1. Jean Philippe Stijns, Economiste principal, Banque Européenne d’Investissement ;
  2. Emmanouil Davradakis, Economiste principal, Banque Européenne d’Investissement ;
  3. Mamoun Tahri-Joutei, Directeur Intelligence Economique, BMCE Bank of Africa. 

Amine El Kourchi et Said Hidane, tous deux de BMCE Bank of Africa, ont également contribué au contenu et à la préparation du webinaire.  
 

2. Format de la session

Ce webinaire d’une heure couvrait deux régions francophones d’Afrique : La zone UEMOA composée de 8 pays (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) et la zone CEMAC constituée de 6 pays (Gabon, Cameroun, République Centrafricaine, Tchad, République du Congo et Guinée Equatoriale).  
La présentation du contexte économique de chaque zone a précédé celle du secteur bancaire.  

3. Résumé de la session

Les économies des deux régions présentent une conjoncture résiliente malgré les potentielles répercussions des chocs externes notamment le ralentissement de l’activité économique en Chine avec sa conséquence sur les prix des matières premières.

Dans la zone de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), la croissance économique reste forte et les agrégats en matière de finances publiques semblent avoir pris une trajectoire durable. L’inflation dans les 8 pays de la région reste maitrisée et malgré les déséquilibres externes, les réserves de change ont continué de s’améliorer. Dans la zone de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC), la relative reprise des prix du pétrole a contribué au retournement de tendance de la croissance réelle dans la zone qui s’est établie à 1,7% en 2018, mais reste toujours inférieure à celle de la période postérieure à la crise financière mondiale (2008-2015). Les finances publiques s’améliorent dans le cadre des programme signés avec le FMI, mais le risque croissant de surendettement et le lent renforcement des réserves de change (<2,8 mois d’importation) restent préoccupants. Par ailleurs, la performance économique varie sensiblement d’un pays à l’autre et le niveau de développement humain disparate illustre de fortes inégalités à l’intérieur des pays. 

3.1.  Aperçu du secteur financier de la région ouest africaine

En 2017, la zone UEMOA comptait 30 groupes bancaires et 144 institutions de crédit. 7 banques commerciales détenaient plus de 62% des actifs du secteur avec Ecobank (14%) et BMCE Bank of Africa (10,5%), constituant les leaders du marché. Le total bilan du secteur a quasiment doublé en 5 ans, passant de 30,5 milliards d’EUR en 2013 (45% du PIB) à 54,2 milliards d’EUR en 2017, soit 54% du PIB de la région. La Côte d’Ivoire concentre plus de 31% du total bilan avec 25 établissements bancaires. Les crédits bancaires se sont généralisés à tous les pans de l’activité économique et ont atteint 28,9 milliards d’EUR en 2017 contre près de la moitié en 2012. Du fait d’une structure des dépôts majoritairement à très court terme, 75% des crédits en 2017 avaient une maturité inférieure ou égale à deux ans et étaient principalement octroyés aux grandes entreprises. La hausse du crédit a soutenu l’amélioration du produit net bancaire (PNB) du secteur qui s’est établi à 1 827 milliards de FCFA, soit 2,8 milliards d’EUR, en hausse de 11% sur une année. Bien que la marge globale se soit légèrement effritée en raison de la concurrence accrue, les profits se sont améliorés avec une rentabilité nette de 25% du PNB pour l’ensemble du secteur. En 2017, 9 établissements de crédit sur 10 respectaient la norme de solvabilité. Les normes prudentielles sont respectées de manière homogène entre les pays et les banques de la région convergent vers la mise en œuvre des règles de Bâle II et Bâle III. 

La mise en œuvre par la Banque Centrale d’initiatives en faveur de l’accès aux services financiers, sa politique accommodante en matière de taux et ses actions de renforcement des mécanismes de résolution des crises bancaires et de protection des épargnants ont diversement contribué à une forte croissance du taux d'utilisation des services financiers dans la zone qui est passé de 26% en 2010 à 65% en 2016. Le mobile money a également fortement contribué à l’amélioration de l’inclusion financière et les acteurs à la base de l’expansion de la monnaie électronique ont réussi leur adaptation au cadre légal et réglementaire mis en œuvre par les régulateurs.  

3.2. Aperçu du secteur financier de la région d'Afrique centrale

La hausse des prix des hydrocarbures a amélioré l’activité globale du secteur bancaire. En 2017, les 55 banques de la région détenaient 78% du total des actifs du système financier régional et les 10 premières banques représentaient près de 52,3% du total des actifs du secteur bancaire. En 2018, le total des bilans des banques s’est situé à EUR 19,9 milliards. Les dépôts ont cru de 3,6% en variation annuelle, de même que les crédits bruts qui ont augmenté de 0,9 %. Le financement bancaire de l’économie reste de courte maturité et est orienté principalement vers le secteur tertiaire. Le résultat net des banques en activité dans la sous-région a augmenté de 59,7% à FCFA 139,4 milliards, soit EUR 212,5 millions. La rentabilité du secteur a par contre baissé par rapport à son niveau de 2013, en raison des contraintes réglementaires en matière de renforcement des fonds propres qui ont par ailleurs contribué à l’amélioration des ratios prudentiels. De fait, le secteur bancaire de la CEMAC affiche dans sa globalité des indicateurs prudentiels assez confortables et l’arsenal réglementaire a été renforcé pour une surveillance accrue du secteur. 

Les mesures publiques de promotion de l’inclusion financière et l’exploitation de l’écosystème digital par les acteurs du secteur ont également permis de réaliser des progrès encourageants en matière d’inclusion financière.  

3.3. Défis du secteur bancaire dans les zones UEMOA et CEMAC

Les banques de ces régions ont engagé un agenda de mise en conformité à la régulation prudentielle, en particulier Bâle III. Le défi dans ce domaine consiste pour les autorités sous-régionales et les pays concernés à choisir et adapter aux marchés locaux les éléments de régulations les plus pertinents dans la boîte à outils de Bâle II/III. Dans la zone CEMAC, la restructuration des banques publiques notamment au Cameroun et au Gabon se poursuit. L’exposition aux chocs sur le secteur pétrolier dans cette région doit être atténuée et la gestion des réserves de change maitrisée. La hausse des créances douteuses est à surveiller afin de garantir la stabilité financière des économies des deux zones monétaires et assurer la protection des dépôts des épargnants. 

3.4. Interaction avec les participants

Les questions ont porté principalement sur la réglementation, surtout l’impact de l’application des règles de Bâle III sur le crédit et la performance des banques et les questions liées à l’activité de mobile money par les banques et les opérateurs de télécommunications. Les participants ont également été interpellés par l’impact potentiel de la création des Caisses de Dépôts et de Consignation (CDC) sur le paysage financier dans les pays de ces régions.