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Kate Rinehart
Chernay Johnson
Doubell Chamberlain

Potentiel des plateformes numériques en tant que canaux de distribution et de promotion des produits d’assurance

mar 04, 2019

Au cours de la décennie écoulée, nous avons assisté à l’émergence des plateformes numériques. Ces plateformes numériques (aussi appelées plateformes pluridimensionnelles [1]) mettent en relation les acheteurs et les vendeurs de biens et de services et leur permettent d’effectuer des transactions ensemble de manière homogène. Elles proposent aux employés, aux micro -, petites et moyennes entreprises (MPME) et aux consommateurs qui opèrent traditionnellement dans l’économie informelle de participer à l’économie formelle, et de ce fait changent la nature de nombreuses activités économiques. Les plateformes numériques offrent ainsi des solutions novatrices pour éliminer les obstacles qui s’opposent au faible taux de pénétration des produits d’assurance sur les marchés africains. Dans le passé, les personnes qui opéraient dans l’économie informelle étaient des cibles difficiles à atteindre pour les solutions d’assurance qui atténuent les risques auxquels elles sont exposées.

Les plateformes numériques ont la capacité de transformer la vente des produits traditionnels d’assurance aux segments de consommateurs sous-desservis. Elles ont établi une base de données clients, se sont forgé une réputation, ont mis en place un canal de communication, et elles ont une connaissance unique des besoins financiers de leurs utilisateurs. À l’instar des opérateurs de réseau mobile (MNO), les plateformes peuvent donc servir de réseaux de distribution à faible coût des produits d’assurance. Lors de la 14ème Conférence internationale sur la microfinance organisée en Zambie en novembre 2018, le centre d’études et de recherche Cenfri a tenu une séance plénière qui avait pour thème : Le rôle des plateformes numériques en matière d’assurance inclusive. Les panélistes comprenaient Richard Leftley, directeur général de MicroEnsure, Amolo Ng’weno, directrice pour l’Afrique de l’Est de BFA, et Adrien Lebegue, directeur du développement des entreprises de l’assureur en ligne chinois, Zhong An. La table ronde a été animée par le fondateur et directeur général de Cenfri, Doubell Chamberlain. Voici les principales conclusions de la séance plénière.

Il existe un grand nombre de plateformes numériques et de travailleurs numériques.

La radiographie de huit pays africains (Ghana, Kenya, Nigeria, Rwanda, Afrique du Sud, Tanzanie, Ouganda, Zambie), menée par insight2impact facility, montre qu’il existe 283 plateformes uniques opérant en Afrique, dont 81 % viennent d’Afrique. Dans ces pays, les revenus d’un à trois pour cent des adultes provenaient d’un travailleur de plateforme en 2017, soit une estimation de 4,8 millions travailleurs de plateformes à travers ces pays (i2i facility, 2018).

La croissance par l’intermédiaire des plateformes est possible, mais exige la mise en place de conditions préalables.

Zhong An, premier assureur uniquement en ligne en Chine, a été créé en 2012 par Tencent, Alibaba et Ping An. Plus tard, il a créé une filiale, Zhong An Technology, qui crée et commercialise des solutions technologiques avancées destinées aux compagnies d’assurance. Zhong An s’identifie comme une entreprise technologique qui fait de l’assurance et plus de la moitié de ses employés sont ingénieurs ou techniciens. Avec pour objectif de « redéfinir l’assurance dans le monde connecté », Zhong An est devenu l’une des compagnies d’assurance en ligne les plus efficaces et à la pointe de la technologie en vendant plus de cinq milliards de polices en 2017 à plus de 432 millions de souscripteurs. Zhong An opère au sein de cinq écosystèmes majeurs (mode de vie-consommation, voyage, santé, financement de la consommation et automobile) et compte 307 partenaires. Plusieurs facteurs clés expliquent la réussite de Zhong An.

Premièrement, la compagnie a des partenaires forts dont la notoriété est établie. Deuxièmement, ses partenaires d’écosystème ont des centaines de points de données sur leurs consommateurs que Zhong An utilise pour concevoir des produits qui dépassent le domaine traditionnel de l’assurance et répondent aux besoins des consommateurs. Enfin, la réglementation et les infrastructures numériques existantes en Chine facilitent les mecanismes de paiement et la connectivité mobile. De nombreux facteurs différencient la Chine de l’Afrique. La chine a une population de 1,38 million d’habitants, tandis que l’Afrique subsaharienne est composée de 48 pays comptant une population moyenne de 22,1 d’habitants par pays (Banque mondiale, 2017). L’harmonisation réglementaire n’a pas eu lieu en Afrique.

Bien que les infrastructures de paiement et la connectivité en Afrique s’améliorent et se développent, elles restent tout de même minimes en comparaison à la Chine. Par exemple, 49 % de la population adulte chinoise a utilisé l’Internet pour faire un achat en ligne en 2017, contre 25 % au Kenya, 14 % en Afrique du Sud, 6 % au Nigeria, 5 % au Rwanda (Global Findex, 2017). Certains facteurs spécifiques en Chine, comme les infrastructures de paiement et la connectivité mobile, ont contribué à la réussite de modèles économiques comme celui de Zhong An. Ces facteurs constitueront vraisemblablement les conditions préalables nécessaires pour que les assureurs et les plateformes africains soient en mesure de reproduire cette réussite pour développer leurs activités.

Les plateformes ont commencé à offrir des produits d’assurance en Afrique, mais les polices sont associées et valables uniquement tant que le service ou le bien est utilisé.

Notre analyse préliminaire des 283 plateformes uniques identifiées par i2i révèle que 16 plateformes offrent un produit d’assurance, et dans 12 d’entre elles, nous avons constaté que le produit d’assurance était associé plutôt que proposé comme service complémentaire optionnel. De nombreuses plateformes qui mettent en relation les consommateurs et les fournisseurs de services de partage de biens (location de voitures, de logements, etc.) ont associé des produits de responsabilité civile, qui sont valables uniquement durant la période où le bien est partagé.

Tent my ride, plateforme de partage de véhicules motorisés en Afrique du Sud, a intégré une couverture d’assurance qui fournit une couverture de responsabilité civile allant jusqu’à 365 000 USD valable uniquement tant que le véhicule est loué. Les plateformes de free-lances qui mettent en relation les employeurs et les travailleurs free-lance sont souvent associées. Paydesk, marché où les éditeurs, les rédacteurs et les diffuseurs trouvent, réservent et recrutent des professionnels de la collecte de l’information, offrent une couverture contre les risques de décès accidentel ou d’invalidité aux travailleurs des plateformes durant la période où ils travaillent pour l’utilisateur. SweepSouth, plateforme d’Afrique du Sud qui permet aux utilisateurs de réserver des services de nettoyage en quelques secondes, a noué récemment un partenariat avec (une AssurTech[2]) pour fournir une couverture contre les risques de décès accidentel et d’invalidité sans frais aux femmes/hommes de ménage à domicile.

Kobo360, plateforme de logistique et de courrier qui met en relation les conducteurs et propriétaires de camions et les entreprises qui veulent faire transporter leurs biens au Nigeria a un produit d’assurance associé qui couvre les biens du lieu d’enlèvement au lieu de livraison. Un autre service de logistique sur demande au Nigeria, ShapShap, donne à l’utilisateur de la plateforme le choix d’assurer le bien qu’il fait transporter. Jumia, l’une des plus grosses plateformes d’achat en ligne, fait partie des quelques plateformes qui proposent des produits d’assurance optionnels. Jumia a noué un partenariat avec la compagnie d’assurance AXA Mansard pour proposer des produits d’assurance sur les appareils, la santé et la vie au Nigeria.

Ces produits d’assurance sont vendus comme des services complémentaires et peuvent être facilement ajoutés au panier d’achat du consommateur en ligne, et payés soit en ligne soit en espèces. Bien que de nombreuses offres actuelles d’assurance sur les plateformes numériques en Afrique soient associées ou valables uniquement durant la période d’utilisation du service ou du bien , il est encourageant de voir que les plateformes africaines et les assureurs collaborent pour atténuer certains risques auxquels sont exposés leurs utilisateurs.

Des arguments solides plaident en faveur de partenariats avec les plateformes numériques.

Le secteur de l’assurance en Afrique repose sur le style traditionnel de pratique de l’assurance, dans lequel le fournisseur conçoit le produit et le vend au consommateur par l’intermédiaire de courtiers et d’agents. Ce processus traditionnel de vente des produits d’assurance est souvent inefficace et n’est plus viable à notre avis. L’Afrique a connu certaines innovations dans le domaine de la distribution avec l’émergence des Fournisseurs de Services Techniques (FST) comme MicroEnsure qui a noué un partenariat avec les opérateurs de réseau mobile (MNO) et les assureurs pour distribuer les produits. Les marchés de l’assurance en Afrique restent néanmoins sous-développés.

Les canaux de distribution demeurent assez traditionnels et les produits de détail peu diversifiés, ce qui est un obstacle à la couverture des segments de consommateurs à revenu faible. Nouer des partenariats avec des plateformes numériques peut être une solution permettant aux assureurs de dépasser les modèles traditionnels de l’assurance et de commencer à cibler de nouveaux segments de population tels que les micro-travailleurs et les commerçants en ligne. Des incitations claires encouragent les compagnies d’assurance à nouer des partenariats avec les plateformes numériques, car elles ont déjà une base de clients, une pléthore de données sur leurs clients et elles comprennent leur comportement. Toutefois, les produits d’assurance doivent être adaptés au marché local et aux besoins des participants de la plateforme pour permettre à ces plateformes de se développer et d’apporter de la valeur aux consommateurs.

Nous sommes optimistes quant au fait que les plateformes numériques ne seront pas de simples MNO 2.0.

Les opérateurs de réseau mobile sont des canaux de distribution efficaces et rentables des produits d’assurance qui ont atteint une dimension spectaculaire, mais dont la valeur est questionnable. Nous pensons que les plateformes numériques peuvent présenter certains avantages sur les opérateurs de réseau mobile. Les produits de fidélité associés ont été les premiers produits d’assurance distribués par l’intermédiaire des opérateurs de réseau mobile et ils répondaient à leurs besoins (hors assurance) et non à ceux des consommateurs. Les produits d’assurance mobiles ont opéré une transition vers des modèles payés, optionnels, mais ils demeurent axés sur les incitations des opérateurs de réseau mobile.

Les produits d’assurance distribués par l’intermédiaire des opérateurs de réseau mobile sont généralement des produits de micro-assurance destinés aux clients à revenu faible, tandis que les produits distribués par les plateformes numériques ont le potentiel d’atteindre un groupe d’individus beaucoup plus large et diversifié.Une partie de la réussite des opérateurs de réseau mobile en tant que distributeurs d’assurance repose sur leur capacité à combiner la confiance et les moyens de paiement efficaces (réduction du temps de connexion ou argent mobile). À l’exemple des opérateurs de réseau mobile, les plateformes numériques peuvent exploiter la confiance qu’elles ont établie avec leurs participants pour offrir des produits d’assurance.

En revanche, contrairement aux opérateurs de réseau mobile, elles proposent une grande variété de méthodes de paiement : carte de crédit/débit, paiements mobiles, portefeuilles numériques, virement bancaire, Paypal et espèces. Nous sommes optimistes quant à l’avenir des plateformes numériques parce qu’elles proposent des possibilités d’insérer la gestion et l’atténuation des risques dans un ensemble plus large de transactions économiques et de participants que ne le permettent les opérateurs de réseau mobile. Contrairement aux opérateurs de réseau mobile, les plateformes numériques agrègent les MPME d’une façon impossible dans le passé : elles les rendent visibles et en font des acteurs de l’économie numérique. Les incitations des plateformes sont plus susceptibles d’être alignées sur les participants de la plateforme, elles sont plus susceptibles de s’assurer que les produits sont conçus pour répondre à leurs besoins réels et d’apporter ainsi la valeur.

Contactez-nous !

I2i mène des études sur le rôle des plateformes numériques africaines et l’avenir des produits financiers. Pour plus d’information, veuillez contacter Chernay Johnson à chernay@i2ifacility.org. Le programme RRI Cenfrii réalise des études thématiques sur les plateformes qui proposent ou qui désirent proposer des produits d’assuranceIl cherche à nouer un partenariat avec des plateformes et des assureurs qui souhaitent étudier ce concept de manière approfondie.

Pour plus d’information, veuillez contacter Kate Rinehart at kate@cenfri.org. Joignez-vous à la discussion en vous abonnant à #AfricanDigitalPlatforms[1]. Nous définissons une plateforme pluridimensionnelle (PPD) comme un espace virtuel dont la valeur est derivée de sa capacité à favoriser les interactions directes entre les consommateurs et les fournisseurs. Par exemple, la plateforme Uber Eats peut être considérée comme une plateforme de produits et une plateforme de services, car elle met en relation des participants des trois dimensions de la plateforme : le consommateur de restauration est associé à un restaurant (qui fournit un bien) et à un agent de livraison (qui fournit un service), à savoir le chauffeur Uber.2. InsurTech est « défini comme une société d’assurance, un intermédiaire ou un spécialiste de la chaine de valeur de l’assurance utilisant la technologie pour concurrencer ou pour fournir des avantages à valeur ajoutée au secteur de l’assurance » (Sia Partners, 2016).


A propos des auteurs

Kate Rinehart est analyste senior en recherche chez Cenfri. Depuis son arrivée à Cenfri en 2016, Kate a participé à des projets couvrant plusieurs thématiques, notamment: Le potentiel de l'assurance pour contribuer à une croissance inclusive / L'utilisation des données dans la prise de décision des prestataires de services financiers / L'utilisation des données pour l’elaboration des stratégies de gestion des agents ruraux / Les interventions comportementales qui favorisent l'inclusion financière / DataHack4FI / Les éléments qui incitent les consommateurs à utiliser les services financiers. Avant de rejoindre Cenfri, Kate a travaillé en tant que coordinatrice de programme pour Truelift, une marque de confiance mondiale qui témoigne de son engagement à apporter un changement durable aux personnes touchées par la pauvreté. Auparavant, elle avait participé à la conception et au lancement d’une étude pilote sur le trafic d’enfants avec Seva Mandir et Child Fund à Udaipur, en Inde; et elle a travaillé sur un projet de technologie de santé mobile en Haïti avec le centre de santé de l'Université du Texas.

Doubell Chamberlain est le fondateur et directeur général de Centri. Il a une expertise pointue en micro-assurance, AML/CFT, distribution de services financiers et en conception de cadre réglementaire. Il est également un leader en conceptualisation de méthodologie de diagnostic et l’utilisation des outils de diagnostic pour répondre aux questions de réglementation et formuler des stratégies pour le développement des marchés en s’appuyant sur des donnees factuelles. Doubell à beaucoup travailler dans les pays en développement, notamment en Afrique, Amérique latine, Asie du Sud et du Sud-Est. Il est également le président du conseil d’administration du Microinsurance Network (MiN) et stratégie réglementaire pour le développement, l’accès aux services financiers et la mise des marchés au service des personnes à faible revenu.

Chernay Johnson est une responsable des enagements au sein de la division Client Insights d’insight2impact, un centre de ressources mondial créé par Cenfri et FinMark Trust pour améliorer l’inclusion financière grâce à une utilisation plus intelligente des données. Elle est également membre du comité de gouvernance du Bureau de la recherche économique (BER) à titre non rémunérateur. Avant de rejoindre Cenfri, Chernay a travaillé en tant qu’économiste professionnelle à la Banque de réserve sud-africaine (Credit Bank) et a passé du temps à consulter un projet stratégique sur les marchés financiers en tant que chercheur invité à la Bourse de Johannesburg (JSE) et à Capital. Centre de recherche coopérative sur les marchés (CMCRC) à Sydney. En reconnaissance de ses recherches économiques percutantes sur l'Afrique subsaharienne, le Financial Mail l'a classée parmi les trois meilleurs analystes en Afrique du Sud en 2016.

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