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Les transferts de fonds des migrants contribuent-ils à une baisse du niveau de sous-alimentation en Afrique Sub-Saharienne?

fév 18, 2019

Malgré les efforts réalisés par les institutions internationales, les gouvernements et les ONG, la sous-alimentation reste un problème majeur dans la plupart des pays de l’Afrique Subsaharienne. Les statistiques de la FAO font état de 25% de personnes sous-alimentées dans la région, soit donc une personne sur quatre. Si les causes de ce fléau sont nombreuses, la pauvreté reste le principal facteur déterminant.

Face à ce phénomène, de plus en plus de ménages en Afrique Subsaharienne adoptent, comme stratégie de survie, la migration. Ainsi, un membre du ménage, en commun accord avec ce dernier, décide de migrer vers un pays ou une localité qui présente de meilleures perspectives d’emploi. En retour le migrant effectue des transferts de fonds et/ou de biens au ménage, lequel décidera de les consacrer soit à la consommation, à l’éducation des enfants, à la santé, ou soit à la création d’entreprises.

En Afrique Subsaharienne, l’utilisation que font les ménages des fonds reçus diffèrent d’un pays à un autre. Cependant, des enquêtes réalisées dans plusieurs pays de la région montrent que la plupart des ménages consacrent l’argent reçu à la consommation, qui comprend les achats de nourritures et d’autres biens, ainsi que le paiement des services (loyer, transport,…). Selon une enquête réalisée par la BCEAO en 2010, plus de la moitié des fonds reçus dans la zone UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) étaient consacrés à la consommation, contre 21 % à l’investissement, et seulement 3,4 % à l’éducation et 6,4 % à la santé. Par exemple, au Sénégal, 70% des fonds reçus des migrants étaient destinés à la consommation. La même année, la Banque mondiale a conduit une enquête dans trois pays de l’Afrique de l’Est, l’Ouganda, l’Ethiopie et le Kenya. Si en Ouganda et au Kenya, les ménages utilisent une grande part de l’argent reçu pour investir dans les petites entreprises, en Ethiopie, ils les destinent à la consommation.

Si les fonds envoyés par les migrants sont plus consacrés à la consommation dans la plupart des pays de l’Afrique Subsaharienne, est-ce que pour autant qu’ils contribuent à une baisse significative de la sous-alimentation dans la région?

La réponse à cette question est plus complexe qu’il n’y paraît. Les transferts effectués par les migrants permettent d’améliorer l’alimentation dans la plupart des pays qui les reçoivent. Cependant, le nombre de ménage qui voient leur situation alimentaire s’améliorer reste très limité. Plusieurs raisons justifient ce faible impact.

La migration n’est pas accessible à tout le monde. En effet, du fait des coûts qu’impliquent la migration (coûts liés à la recherche d’informations, au visa, au transport,…), les personnes vivant dans les familles pauvres ont moins de chance de migrer par rapport à celles dont les familles appartiennent à la classe moyenne. En conséquence, les familles pauvres ont non seulement peu de migrants mais aussi elles reçoivent moins de fonds de ces derniers comparativement aux familles de la classe moyenne. Or ce sont les pauvres qui souffrent le plus de sous-alimentation. Il en résulte donc que la baisse globale de sous-alimentation dans les pays, suite à la réception des fonds des migrants, soit limitée.

Tout dépend de ce qui est consommé. Si les enquêtes montrent que dans la plupart des pays de l’Afrique Subsaharienne les fonds reçus sont destinés aux achats, il en demeure que certains ménages préfèrent plus se procurer des biens de luxe, ou des biens destinés aux mariages et aux cérémonies. Le fait donc que les dépenses alimentaires n’occupent qu’une partie de l’ensemble des achats limite également l’effet global des transferts de fonds sur le niveau de sous-alimentation. De plus, les aliments procurés sont pour la plupart du temps ceux qui présentent un meilleur goût. Cette consommation se fait au détriment des aliments riches en nutriments, ce qui a pour conséquence de réduire encore plus l’effet des fonds reçus sur l’alimentation.

Les habitudes culturelles constituent également un frein. Dans certaines localités, c’est plutôt les habitudes culturelles qui empêchent la population de s’affranchir des aliments dont la richesse nutritionnelle est faible. Les transferts d’argent ont donc peu ou aucun effet sur l’alimentation des familles récipiendaires dans ces localités car celles-ci modifient difficilement leurs habitudes alimentaires.


A propos de l'auteur

Hamed Sambo est actuellement doctorant à l'Université Paris XIII Nord, en France. Ses principaux domaines de recherche portent sur la migration, les transferts de fonds et la sécurité alimentaire dans les pays en développement. Pendant sa première année de doctorat, il a effectué un stage à la Banque africaine de développement (BAD) au cours duquel il a travaillé sur les questions de genre. Hamed a obtenu un diplôme d'ingénieur en statistique à l’École nationale de statistique et d’économie appliquée (ENSEA) d’Abidjan, et titulaire d’un Master II en économie et finance internationale de l’Université Paris XIII Nord - Sorbonne Paris Cité.

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